denoel-lunes25893-2007

1932. Dans une Amérique en proie à la récession économique et au repli sur soi, Thomas Schell et ses deux comparses profitent de leurs talents de magiciens pour plumer de riches crédules. Au cours de l’une de ces arnaques, Thomas à la vision d’une petite fille dont il apprend quelques jours plus tard qu’elle a été enlevée. Perturbé par cette évocation, il décide d’enquêter sur la disparition de l’enfant sans se douter encore des multiples dangers que lui et ses amis vont devoir affronter.  

Mais que vient donc faire ce roman dans la collection « Lunes d’encre » des éditions Denoël ? Ce n’est pas de la SF - pas même de l’anticipation - et encore moins de la fantasy. Quant au fantastique il est à peine présent puisqu'il se limite à la vision d'un spirite, laquelle sera d'ailleurs remise en question à la fin de l'histoire. Les éditions Gallimard ne s'y sont pas trompées qui ont réédité ce livre en "Folio Policier". Alors si vous comptiez lire une histoire de fantômes et de communication avec l’au-delà, vous en serez pour vos frais.

Ceci étant le roman a d’autres arguments à faire valoir. Il y a d'abord son intrigue policière qui, sans être exceptionnelle, est bien amenée avec ce qu'il faut d'investigations et de rebondissements, le tout saupoudré de quelques scènes d'actions avec force coups de poings et rafales de mitraillette. Il y a ensuite le cadre, les Etats-Unis de 1932, et une époque intéressante, celle de la grande dépression et de la prohibition. L’occasion pour l’auteur de mettre en scène des bootleggers, ces contrebandiers d’alcool qui sévissaient sur la côte Est, et les fameux cirques de Coney Island où se produisaient (et étaient exploités) femmes à barbe, homme-araignées et autres phénomènes de foire. L’occasion aussi de nous parler du rapatriement des travailleurs mexicains et de certaines sociétés secrètes qui prônaient la suprématie de la race anglo-saxonne.

Mais c’est bien son trio de héros (l’Hercule de foire, le jeune apprenti et le sage) qui constitue le meilleur atout du roman. On tombe immédiatement sous le charme de Diego, le jeune narrateur qui, entre sa découverte des choses de l'amour et sa brutale confrontation aux saloperies de l'existence, fait une entrée mouvementée dans l'âge adulte. On est aussi attendri par les rapports profonds qui l’unissent à ses deux compagnons : Antony Cleopatra, le géant au grand cœur et bien sûr Thomas Schell, son mentor et son presque père. Quant aux séances de spiritisme truquées grâce auxquelles ils gagnent leur vie, elles apportent au roman quelques pages bourrées d’humour et concourent aussi grandement à l’atmosphère de mystères et de menace qui imprègne le récit.

"La fille dans le verre" est donc un bon petit polar historique qui brille surtout par ses personnages et son décor et dont le principal mérite est de montrer que l’Allemagne n’avait pas le monopole du racisme et des théories eugénistes.

Denoël - Lunes d'Encre - 2007