neoplus011-1987

Qui est le mystérieux individu qui a pris pension dans une maison délabrée d’un quartier mal famé de Londres ? Quel est le lien qui le rattache à Paul Lessingham un jeune député à l’avenir prometteur ? Quest-ce que cet étrange scarabée capable d’effrayer les uns et de se faire obéir des autres ? Dans l’Angleterre victorienne, quatre personnes fort différentes vont croiser leur route et apporter, à leur corps défendant, quelques réponses à ces questions. 

Pour les amateurs de littérature fantastique, 1897 c’est l’année où Bram Stoker a donné naissance à Dracula. Mais ce qu’ils ignorent la plupart du temps c’est que le vampire de Transylvanie ne fut pas la seule étrange et dangereuse créature à s’établir à Londres cette année-là. Une autre, venue de l’Egypte mystérieuse et millénaire, y a également pris ses quartiers pour y mener d’obscurs desseins et s’attaquer à quelques représentants de la bonne société londonienne.

Avec une écriture aussi désuète que distinguée, très caractéristique de la littérature anglo-saxonne de cette époque, Richard Marsh nous propose un récit découpé en quatre parties à peu près égales. Quatre confessions émanant de personnages aussi divers qu’un vagabond, un inventeur un peu fantasque, une femme de tête et un détective qui n’a rien à envier à son confrère de Baker Street. Tous vont être confrontés plus ou moins directement à ce redoutable ennemi aux puissants pouvoirs de persuasion, chacun réagissant à sa manière selon sa force de caractère ou son état d’esprit. A cet égard j’ai beaucoup aimé la façon dont Sydney Atherton, le scientifique du deuxième récit, oppose son rationalisme et quelques outils de la science moderne à son adversaire, démontrant la prééminence de la connaissance sur la superstition…

Outre ce récit choral et son agréable évocation d’une époque et d’un style de vie désormais disparus (le bal chez la duchesse, les balades en fiacre…), le principal atout de ce roman réside dans le mystère qui entoure la personnalité du personnage principal. Paul Lessingham n’est pas l’un des quatre narrateurs. C’est pourtant bien lui qui est au cœur de l’intrigue. Son portrait, évoqué en creux grâce aux commentaires et aux impressions des autres, se construit peu à peu, au gré des révélations sur son histoire et son caractère et l’on se demande presque jusqu’à la fin s’il est une victime du « scarabée » ou s’il a partie liée avec la créature.

Malgré ces qualités, le roman déçoit par une chute qui laisse presque entières toutes nos questions ainsi que le résume fort bien le détective du dernier récit : « Qu’est devenue la créature qui faillit la tuer ? Qui était-il ? (s’il s’agissait d’un « il » ce dont je doute). D’où venait-il ? Où allait-il ? Quel était le but de sa présence en Angleterre ? Aujourd’hui encore ces questions restent sans réponse ». Ben oui ! Et c’est bien là le problème. On s’attendait à avoir des explications, des confirmations, des surprises. Et bien rien, walou, nib de nib ! Tout juste sait-on qu’il vient d’Egypte et qu’il a un lien avec le culte d’Isis. Mais quand à sa nature même (un dieu, un démon, un disciple…) ou ses motivations (vengeance ?), l’auteur reste étonnamment discret. Zut ! Si j’aurais su, j’aurais pas lu.

Nouvelles Editions Oswald - Néo Plus - 1987