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Son mari s’étant croisé, la jeune Isabelle de Sion doit veiller seule sur leur vaste domaine. Elle s’en sortirait plutôt bien si le chapelain du château, un être odieux et cupide, ne s’acharnai pas à sa perte. Elle va heureusement trouver un soutien inattendu auprès de Wulff, un mystérieux meneur de loups arrivé au village à l’occasion des fêtes de Noël. 

Ce n’est pas un hasard si « L’abbaye aux loups » a été édité dans la collection « Romans Terre de France » des Presses de la Cité. Nous sommes bel et bien en présence d’un roman régionaliste avec ses codes et ses figures imposées dont une action circonscrite aux strictes limites d’un terroir. Ici, c’est un petit bout de Lorraine à l’époque des croisades que Paul Couturiau a choisi de nous faire découvrir. Nous sommes aux environs de Metz, dans le village de Saint-Martin, une petite bourgade avec son château, son abbaye et bien entendu ses habitants qui vont être évoqués le temps de faire revivre des temps et des mœurs révolus depuis belle lurette.

Il y parvient plutôt bien, sans trop user de mots ou d’expressions d’un autre temps qui, sous prétexte de « faire vrai », viennent trop souvent alourdir la prose des romans historiques médiévaux. Il s’est également bien documenté et illustre son récit de quantité d’informations sur la vie au XIIIème siècle. Il le fait parfois maladroitement mais le plus souvent ces renseignements sont parfaitement intégrés au récit. Il en va ainsi de toutes les précisions qu’il apporte sur la lèpre et la façon dont est organisé l’ostracisme des lépreux.

Côté intrigue, son histoire sent un peu trop la romance à mon goût avec sa châtelaine passionnée mais fidèle à son croisé de mari, une ribaude au grand cœur et un beau chevalier qui tentera de gagner le cœur de sa belle. Si l’histoire s’était limitée à cela, j’aurai bien vite refermé ce livre. Heureusement elle comporte aussi un personnage particulièrement intéressant, un grand méchant que l’on prend plaisir à détester et qui, d’un bout à l’autre du roman, n’aura de cesse de causer le malheur d’autrui. Cela n’étonnera personne, c’est un cureton qui endosse ce rôle. Mais le bonhomme le fait bien. Il est diablement intelligent et utilise parfaitement la superstition et la peur pour arriver à ses fins. C’est même la meilleure idée de Paul Couturiau que d’avoir construit son intrigue sur les peurs du siècle : celle de l’étranger (les forains), des maladies (la lèpre), de la mort et de l’au-delà bref, de tout ce qu’ils ne connaissent ou ne comprennent pas.

Presses de la Cité - Terres de France - 2010