CVT_La-Horde_6265

C’est l’été. Laure, 10 ans, et ses parents viennent d’arriver dans le village de vacances où ils comptent profiter au mieux de leurs congés. Ils ignorent que le démon Ganaël a jeté son dévolu sur l’enfant et qu’il est sur le point de prendre possession de son corps… 

En entamant ce livre d’une autrice et d’une maison d’édition qui œuvrent habituellement dans la littérature blanche, je m’imaginais que l’argument fantastique n’y serait qu’un moyen détourné de discuter de problèmes tout à fait réels et non pas une fin en soi. Ce en quoi je me suis bien trompé car, s’il ne manque pas d’interrogations et de réflexions sur différents sujets (éducation, rapport à l’autre…), nous sommes bel et bien en présence d’un roman fantastique centré sur l’histoire d’un démon qui a décidé de s’incarner.

Ce thème de la possession est l’un des plus courus en matière de récits fantastiques. Les cinéphiles penseront bien sûr à « L’exorciste » tandis que les lecteurs évoqueront plus volontiers Lovecraft ou Graham Masterton. Pour ma part, c’est à « Petite chanson dans la pénombre » de la regrettée Anne Dugüel que j’ai immédiatement songé. Les deux romans partagent en effet l’idée d’une petite fille qui devient le jouet d’un esprit maléfique, fantôme chez d’Anne Dugüel, démon dans celui de Sibylle Grimbert. Dans les deux cas cet esprit tente, avec plus ou moins de réussite, de soustraire sa volonté à celle de l’enfant et ce sont ces essais et leurs conséquences sur la victime et son entourage qui nous sont décrits. La comparaison s’arrête toutefois là car dans « La horde », le combat que se livrent le démon et l’enfant est autrement plus difficile et plus subtil. Moins manichéen aussi puisque « possesseur » et possédée font tour à tour preuve de compassion et de méchanceté, le démon s’humanisant et la fillette découvrant son potentiel démoniaque.

Les relations entre l’un et l’autre sont donc au cœur du roman. Sibylle Grimbert prend tout son temps pour nous montrer de qu’elle manière Ganaël cherche à soumettre sa victime, comment il lutte contre sa volonté, usant de persuasion puis de violence et de contrainte. Toutefois, si le démon connaît bien l’espèce humaine pour l’avoir observée depuis fort longtemps, il va se rendre compte que vivre leur vie de l’intérieur est une expérience surprenante. Il découvre des sensations nouvelles et surtout la force des sentiments, la colère, l’amour... Du point de vue de l’enfant, l’expérience est tout aussi passionnante. La petite Laure ne s’en laisse pas conter et, après la surprise des premiers moments puis une période de déni, elle va devoir choisir entre la lutte ou l’acceptation de son hôte avec ses inconvénients mais aussi ses avantages.

Tout cela nous est raconté avec une extrême minutie et c’est lentement, jour après jour, que nous assistons à cet affrontement. Sibylle Grimbert a eu la bonne idée de situer l’action de son roman sur une courte période et dans un espace limité, en l’occurrence un village de vacances le temps des congés d’été. Cela lui permet de faire évoluer sa petite héroïne dans un cadre particulier où elle peut échapper à l’attention de ses parents, vivre de nouvelles expériences et se forger un caractère, une personnalité. On se rend ainsi compte que les enfants ne sont pas aussi innocents que l’on pourrait le croire et qu’ils peuvent faire preuve de duplicité et de méchanceté dans leurs relations avec les autres. Les parents de Laure, son entourage, ses amies et même Ganaël vont en faire l’expérience…

« La horde » est donc un bon roman fantastique qui nous propose une histoire de possession intimiste, sans effets de manches ni violence inutile. Si le fait de paraître dans une collection blanche peut lui permettre d’amener au fantastique un public habituellement peu féru du genre, je ne suis pas sûr en revanche que les amateurs de SF ou de fantastique le remarque d’autant que ni le titre, ni la couverture ne sont explicites. Et ce serait vraiment dommage car ils y trouveraient tout à fait leur compte.

Editions Anne Carrière - 2018