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Alors qu’il cherche à gagner l’Angleterre après s’être évadé du Stalag où il était prisonnier, Alan Querdilion se trouve projeté dans autre dimension où l’Allemagne a gagné la seconde guerre mondiale et où les nazis ont pu mettre en œuvre leur politique raciste et hégémoniste.

En matière d’uchronie, l’idée d’un Troisième Reich vainqueur de la seconde guerre mondiale est sans doute la plus répandue. Elle a en tout cas donné au genre quelques-unes de ses plus belles réussites parmi lesquelles « Le maître du Haut château » de Phlip K. Dick qui nous montre le monde de 1960 partagé entre les empires allemands et japonais et « Fatherland » de Robert Harris où il est question de l’escamotage de la solution finale par des nazis devenus les maîtres de l’Europe.

« Le son du cor » est beaucoup moins connu. Je ne suis d’ailleurs pas bien sûr qu’il s’agisse réellement d’une uchronie puisque son héros n’effectue qu’un séjour temporaire dans une Allemagne alternative avant de réintégrer son Angleterre natale et son époque habituelle. Pour autant le roman de Sarban est celui qui nous offre la vision la plus glaçante de ce qu’il aurait pu advenir en cas de victoire de l’Allemagne nazie. Il le fait d’une façon originale, en concentrant son histoire sur un tout petit bout d’Allemagne et sur un nombre très limité de protagonistes.

L’histoire se déroule pour l’essentiel à Hackelnberg sur les terres du Grand Maréchal de Louvèterie du Reich, en l’An 102 du premier millénaire germanique. Du reste du monde ou des conséquences de la seconde guerre mondiale nous ne savons à peu rien si ce n’est que l’Europe a été soumise puisque le héros côtoie aussi bien des esclaves slaves que des prisonniers français ou anglais. Mais ce que nous découvrons dans le domaine de ce dignitaire nazi nous donne une bonne idée de ce qui se passe partout ailleurs en Allemagne et dans les territoires soumis.

Hackelnberg synthétise en effet toute l’ignominie de la doctrine nationale-socialiste. Rien que la demeure du Grand Maréchal est un pur exemple de ce phantasme d’une race pure ayant gardée intacts ses liens avec sa terre et son histoire. Elle tient à la fois du relais de chasse et du château médiéval tandis que le décorum, les banquets qui s’y déroulent et les tenues des officiants rappellent la pompe nazie et les grand-messes de Nuremberg. Quant à la façon dont y sont traités les subordonnés et les représentants des prétendues races inférieures, elle illustre parfaitement la brutalité et l'inhumanité du régime. On y voit des femmes ravalées au rang d’objet utilitaire ou sexuel (femmes statues portant flambeaux ou offertes aux invités entre la poire et le fromage) et il y des domestiques auxquels on a retiré les cordes vocales ou que l’on a modifiés génétiquement pour obtenir des esclaves forts et dociles. Ce qui est à l’œuvre à Hackelnberg, c’est le même processus de déshumanisation que celui qui régnait dans les camps d’extermination.

Alan Querdilion, l’infortuné héros de ce roman, va en faire l’amère expérience, lui qui servira un temps de gibier humain pour amuser quelques riches invités. Cet aspect du roman rappelle irrésistiblement "Les chasses du comte Zaroff", ce film des années trente où il est question d’un aristocrate russe qui organise des chasses à l’homme sur une île perdue au milieu du Pacifique. On y retrouve effectivement quelques idées similaires et un peu de la violence et du sadisme du film de Schoedsack même si, sur le fond, les deux œuvres restent fort éloignées. Ici, les scènes d’action n’occupent finalement qu’une place assez secondaire et la fameuse chasse est assez vite expédiée. Qu’on se le dise !

Opta - Galaxie-Bis - 1970