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Lors d’une mission d’exploration géologique menée par l’université de Santa Catala, un animal d’une taille comparable à celle d’une petite planète est découvert dérivant à travers l’espace. Une expédition scientifique est aussitôt dépêchée et trois cents scientifiques s’installent sur le corps de l’animal en état d’hibernation. Un an plus tard, Liza est chargée de constater l’avancement de leurs travaux…

Même s'il a beaucoup œuvré dans le domaine des littératures de l'imaginaire, Serge Brussolo a finalement peu écrit de Science-Fiction pure et quasiment pas de Space-opera. C'est donc avec un peu de curiosité que j'ai entamé ce roman, attendant de voir ce que l'auteur pouvait donner en la matière. Mais, à part les deux premiers chapitres et le fait que l'action se déroule sur un animal gigantesque au coeur du cosmos, on n’y trouve guère d’ingrédients du genre.

Une fois son héroïne posée sur l’animal-planète, l’histoire prend en effet l’allure d’un roman d’aventure où l'exploration de ce monde étrange et la découverte des diverses "tribus" qui le peuplent constituent l'essentiel de l'intrigue. Pour le reste, on ne s’étonnera  pas d’y retrouver les obsessions coutumières de l’auteur au premier rang desquelles le corps humain et les multiples transformations que l'on peut lui faire subir.

Avec "Territoire de fièvre" il est doublement à son affaire avec en premier lieu les descriptions hallucinantes de ce corps/monde où la moindre manifestation naturelle prend des proportions gigantesques : un furoncle qui éclate devient une éruption volcanique, une fièvre provoque une dangereuse élévation de la température tandis qu’une simple chair de poule se transforme en véritable tremblement de terre. Ce changement d’échelle permet de faire évoluer ses personnages dans des décors absolument surréalistes et de les soumettre à des conditions de vie particulièrement éprouvantes (évoluer en permanence dans la transpiration et le sebum ç’a n’est pas très glamour !). Mais cela ne lui suffit apparemment pas puisqu’il  les confronte ensuite à d’effroyables mutations physiques (vieillissement ou rajeunissement accéléré de certaines parties du corps, os qui se liquéfient…) et  à des perturbations mentales tout aussi redoutables (individus s’imaginant être des globules blancs et dévorant leurs semblables comme un leucocyte le ferait d’une bactérie) .

Parmi ces malheureux, les habitués de l’œuvre du grand Serge retrouveront avec plaisir le docteur Mathias Mikofsky et sa légendaire moustache. Les autres personnages, au premier rang desquels son héroïne Liza, sont très brussoliens, c’est à dire ballottés en tous sens, sans plus de libre arbitre ou d’initiative qu’un nord-coréen sous Lexomil. Il est certes un peu frustrant de les voir se débattre en sachant  par avance que leurs actions sont vouées à l’échec, mais les péripéties qui leur échoient sont à ce point délirantes que l’on reste scotché au roman, hypnotisé par l’imaginaire démentiel de l’auteur qui trouve ici quelque unes de ses idées les plus extravagantes.

De ce point de vue « Territoire de fièvre » est un bel exemple de l'imaginaire décomplexé qui était le sien dans sa période « Fleuve Noir ». C’est aussi un roman un peu plus profond qu’il n’y parait. La destruction de leur planète par les scientifiques est un peu une métaphore de l’attitude des hommes envers la Terre, qu’ils détruisent à petit feu, se condamnant par la même occasion. A l’image de ce qu’il advient de la bête-monde, notre planète pourrait  bientôt n’être plus qu’une chose morte dérivant dans l’espace : « un monument à la bêtise humaine »

Fleuve Noir Anticipation - 1983