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1357, dans une France mise à feu et à sang par la guerre que se livre anglais et français, les trois bourgs qui ne forment pas encore la cité d’Aix en Provence ont décidé de s’unir pour préserver leur indépendance et assurer leur protection face aux multiples dangers qui les menacent. Ils sollicitent auprès de la ville de Florence un prêt qui doit leur permettre d’équiper leurs soldats afin de résister à Arnaud de Cervole, l’un des mercenaires les plus redoutés du royaume. C’est Pietro da Sangallo qui est mandaté par la république italienne pour convoyer l’argent. Mais à son arrivée, les cités sont en émoi. Deux des partisans de l’unité ont été assassinés et un troisième ne tarde pas à subir le même sort. Pour préserver sa vie et les intérêts de sa ville, le jeune toscan va devoir faire la lumière sur une affaire où les suspects sont légion. 

Jean d’Aillon est l’un des grands maîtres du polar historique français. Avec des personnages récurrents tels que Louis Fronsac, Guilhem d’Ussel ou Lucius Gallus il nous entraîne dans des enquêtes qui ont pour cadre la France à différentes périodes de son histoire, l’antiquité, le moyen-âge ou encore l’ancien régime. « L’archiprêtre et la cité des Tours » est quant à lui un one-shot qui se déroule à Aix en Provence pendant la guerre de cent ans. Une époque troublée qui vit s’affronter les royaumes de France et d’Angleterre au cours d’un conflit aussi complexe que meurtrier. Un back-ground très intéressant que l’auteur utilise au mieux pour nous livrer une intrigue bien embrouillée où le politique et le guerrier vont le disputer au policier.

Car c’est bien l’ombre de Machiavel qui flotte sur ces pages où l’on voit s’affronter différentes factions aux intérêts et ambitions divergents. Roi de France, reine de Naples, empereur germanique ou pape, tous avancent leurs pions sur l’échiquier provençal où des acteurs locaux - petits seigneurs, bourgeois et ordres religieux - se disputent également le pouvoir et les prébendes qui l’accompagne. Pour compléter ce tableau déjà bien rempli, il faut y ajouter les nombreuses bandes de mercenaires, ces fameux bandoulliers qui mettent le pays à feu et à sang, pillant les campagnes et rançonnant les cités.

Et c’est dans ce nid de vipères que l’auteur plonge son héros. Il a fort heureusement choisi un personnage qui a du répondant. Capitaine de la milice de Florence, sachant lire et écrire et ayant même quelques notions de médecine, Pietro da Sangallo n’est pas un perdreau de l’année. Il maîtrise aussi bien le métier des armes que les arcanes de la diplomatie et s’avèrera l’homme de la situation. Néanmoins et malgré l’attachement que l’on ne tarde pas à lui porter, j’ai été un peu déçu par ce héros au cœur un peu trop tendre. Pietro est en effet présenté comme un ancien condottiere, l’un de ces chefs de guerre qui ravageaient la péninsule italienne en se vendant au plus offrant, c’est-à-dire un mercenaire tout aussi sanguinaire que ceux qu’il affronte en Provence. J’ai donc eu un peu de mal à admettre qu’un homme habitué à torturer les hommes et violer les femmes puisse changer aussi radicalement au point de risquer sa vie pour, entre autres choses, assurer le bonheur de deux jeunes tourtereaux…

Ceci étant, l’enquête où il se trouve plongé s’avère absolument palpitante. L’auteur ne lui laisse pas le temps de souffler et ses investigations lui font courir les plus grands risques : emprisonnements, évasions, assassinats et quantité de combats. Quant au siège final, parfaitement orchestré et « lisible » grâce aux nombreuses précisions distillées tout au long du récit sur la défense d’une cité et son organisation militaire, il conclut parfaitement une histoire où l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Pour être tout à fait honnête je reprocherai à l’auteur quelques ficelles un peu trop grosses (la dissimulation d’une corde et de clefs sur les lieux de l’évasion de Pietro comme s’il savait à l’avance qu’il aurait besoin de pénétrer à nouveau dans sa prison ou encore le personnage de Calagaspague qui semble n’avoir d’autre utilité que de lui permettre de rencontrer Arnaud de Cervole) et une happy-end presque anachronique avec ses trois gentils mariages. Mais ces petits défauts sont largement compensés par des explications passionnantes et précises sur la façon dont est organisée une ville médiévale avec ses juridictions civiles et religieuses ainsi que par la jolie peinture de l’Aix du XIVème siècle encore profondément marquée par son passé romain.

Le Masque - 2017