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« Succubes » est le second volume du cycle des chimères, un ensemble de romans de fantasy écrits par différentes plumes de la SF française : Bruno Lecigne et sa comparse Sylviane Corgiat à l’origine du concept, mais aussi Alain Paris, Jean-Pierre Hubert, Pierre Vernay. Chaque ouvrage s’insère dans un univers et un cadre définis. L’univers c’est Galova, un monde où les vivants doivent composer avec la présence des chimères, des entités immatérielles issues d’Avolag, la face sombre, le reflet inversé de Galova. La cadre lui est tout à fait classique, médiéval et merveilleux, avec de vilains religieux, de puissants sorciers, des nobles arrogants et des héros ballottés en tous sens par une destinée cruelle. Dans le présent volume, nous suivons plus particulièrement les aventures croisées de Feïn le berger et Thazi la petite pêcheuse de Fleijo appelés à renverser le pouvoir des Manes et des Raconteurs.

N’ayant lu que le présent opus je me garderai bien de juger le projet dans son ensemble. Je peux en revanche vous assurer que ce « Succubes » ne restera pas dans les annales du genre. Jean-Marc Ligny y déploie un style grandiloquent, fait d’envolées lyriques et de tournures alambiquées qui mettent beaucoup trop de distance entre l’action et sa narration, entre le lecteur et les personnages. Ses dialogues, ses scènes de combat et même ses scènes de cul manquent de consistance. On ne s’attache à aucun des protagonistes de l’histoire et j’ai eu souvent l’impression de lire un récit de la table ronde ou bien ces contes et légendes avec leurs héros mythiques mais désincarnés.

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L’auteur eut gagné à prendre son temps afin de donner au récit plus de matière et de concret que d’effets de manche même si je reconnais que son écriture est solide et parfois même fort poétique. Ses héros sont trop vite jetés dans le vaste monde, au cœur d’une lutte qui les dépasse et dont ils ne comprennent pas les enjeux. Leurs caractères sont trop peu dessinés et les relations entre les uns et les autres ont quelque chose d’artificiel.

L’autre défaut de ce roman est de nous laisser trop longtemps dans le flou le plus complet concernant les dessous de l’intrigue. On a beaucoup de mal à relier ensemble les différents fils de l’histoire et à comprendre la nature des forces en présence, ce que Feïn et Thiza doivent accomplir et pourquoi. L’auteur nous fournira bien toutes les réponses mais il le fera in extremis et d’un bloc, juste avant la fin. Voilà qui manque de finesse et gâche un peu le plaisir de la découverte !

Fleuve Noir Anticipation - 1990