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Avec ce recueil, Jean-Pierre Andrevon nous confronte à toutes nos angoisses, de la simple inquiétude à l'égard d'un futur que l'on pressent hostile aux peurs primales qui nous rongent face à la mort, la guerre, la vieillesse. Ce faisant, il nous met aussi face à nos responsabilités puisque c'est l'homme lui-même qui, la plupart du temps, est cause de cet environnement anxiogène, en détruisant son milieu naturel ou en s'en prenant à ses semblables.

Le petit garçon qui voulait être mort est une nouvelle qui nous invite à reconsidérer notre façon de nous adresser aux enfants, à éviter les périphrases et les métaphores pour aborder les sujets graves. Faute de quoi ils risquent de prendre nos explications au pied de la lettre.

Regarde-le ! nous rappelle que Jean-Pierre Andrevon est un écologiste convaincu. Il établit ici un parallèle entre la disparition des dinosaures et celles, déjà plus ou moins programmées, de nombreuses espèces animales.

Et si nous allions danser ? est une excellente démonstration de la façon dont une politique concentrationnaire se met en place. L’auteur met notamment en avant l'incrédulité des victimes, leur volonté de ne pas croire au pire ou encore la passivité des autres voire leur adhésion tacite (il y a bien une raison…).

Demain, je vais pousser donne à réfléchir sur le regard que nous portons sur l'autre, immigré ou étranger. Nos réactions épidermiques, notre égoïsme feutré tiendraient-ils longtemps au contact de réfugiés miséreux ?  Comment réagirions-nous face à des hommes et des femmes de chair et de sang et non face à la multitude anonyme que nous montre les écrans de nos télés ? Un texte de 1999 qui demeure d'une actualité brûlante.

Mort aux vieux ! est une métaphore sur le temps qui passe et sur la brièveté d’une vie qui n’a de valeur que ce que l’on en fait. On rapprochera bien sûr ce texte de la nouvelle « Chasseurs de vieux » de Dino Buzatti qui figure dans son excellent recueil : « Le K ».

Qu’est-ce qui va encore arriver ? et Condamné sont deux nouvelles assez semblables qui nous parlent, l’une de la guerre, l’autre de tortures et d'exécutions. Toute deux sont joliment écrites mais l'accumulation de scènes violentes finit par être ennuyeuse. Certes on comprend bien que cette répétition est voulue, qu'elle participe au propos de l'auteur en accentuant sa démonstration. Il n'empêche qu'elles m'ont parues un peu redondantes et guère significatives.

Une erreur au centre est le texte le plus long du recueil. Il met en scène un homme qui s’avère n’être qu’une réplique, la troisième, de l’individu original. L’histoire est bien menée et bénéficie d'une bonne chute mais elle laisse malheureusement dans l'ombre les raisons de ces dédoublements : clones, incident technologique, cause surnaturelle ?

Les Belles Lettres - Le Cabinet Noir - 1999