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Au cours d'un dîner mondain et d'une discussion autour du roman policier, Averell relève le défi de son hôte : enquêter sur quelque chose qu’il ne connaît pas à l’avance. Le voici donc à la recherche de tout et n’importe quoi, des petites et des grosses saloperies de notre monde. Et c'est bien connu, quand on cherche, on trouve !

Jean-Bernard Pouy a l’habitude d’écrire des polars qui, justement, ne ressemble pas à des polars. « Le rouge et le vert » est peut-être celui qui s’éloigne le plus du genre puisqu’il met en scène un personnage qui ne sait pas exactement sur quoi il doit enquêter. Averell cherche une piste, un sujet d'étude. C'est un « fouille merde aux aguets », "cynique et cinoque", à l'affût  d'une "affaire" qui ferait bien les siennes. Et forcément quand on remue la merde, ça finit toujours par sentir : « Toutes les personnes que je croisais avaient forcément quelque chose à se reprocher. Un gros truc dégueulasse. Ou une petite lâcheté nulle et dérisoire mais qui, empilée aux milliards d’autres petites lâchetés nulles et dérisoires entraînait le monde vers le Chaudron».

Il va ainsi s’intéresser successivement à la disparition de son patron, à la violence domestique chez ses voisins et aux conneries de son neveu. Mais ce sera finalement grâce à l’un de ses curieux hasards que vous réserve l’existence qu’il trouvera son bonheur. Enfin bonheur, c’est vite dit ! Car la surprise va prendre l’apparence d’un boomerang, du genre qui vous revient en pleine gueule, celle de son commanditaire d’abord, puis la sienne. Juste retour des choses, justice immanente ? Sans doute pas, mais en tout cas de quoi donner à réfléchir.

Et parmi les très nombreuses réflexions d'Averell, certaines nous éclairent sur la façon dont l’auteur conçoit le roman policier : «Le roman noir est un roman de crise, voire de crise de nerfs. Il décrit par essence, le rapport de chacun aux dysfonctionnements et à la douleur du monde. Il participe, en cela, de la critique sociale». Pour J-P-B, le polar est donc indissociable de l’observation et de l’analyse de la société. Tous les thèmes du roman policier, vol, meurtre, trafic, extorsion, trouvent leur origine dans une défaillance d’un système qui ne trouvera pas de solutions à ses problèmes tant  qu’il ne se posera pas les bonnes questions, dans les carences d’une société qui a remplacés les  « Où ? Quand ? Pourquoi ? Comment ?  par le seul Combien ? ».

L'intrigue et la chute de ce très court roman ne sont sans doute pas à la hauteur de l'attente suscitée par son originalité mais cela n'est pas bien grave car on y retrouve le style inimitable de l’auteur, cette écriture de cirque, clownesque et acrobatique, qui se grime et se contorsionne à coups de jeux de mots, d’aphorismes et d’allitérations.

Gallimard - Folio Policier - 2010