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En 1915, le jeune Robert Ross s’engage dans l’armée canadienne pour rejoindre ses compatriotes engagés sur le front belge. Après une traversée de l’Atlantique éprouvante et dangereuse il découvre l’enfer des tranchées mais aussi l’angoisse et la tristesse où sont plongées les familles des soldats.

Pour célébrer à ma façon le centenaire de la première guerre mondiale, j’ai décidé de lire chaque année, entre 2014 et 2018, un roman consacré à la fameuse der des ders. J’ai ainsi lu il y a trois ans « Derrière la colline » de Xavier Hanotte » puis « Schlump » de Hans Herbert Grimm et l’année derrière ce fut « Les croix de bois » de Roland Dorgelès. Or donc, après avoir suivis tour à tour les anglais, les allemands et les français, j’ai eu envie de m’intéresser à l’une des « petites » nations de ce conflit. Mon choix s’est porté sur le Canada avec ce roman de Timothy Findley au titre on ne peut plus évocateur.

« Guerres » se présente sous la forme d'un reportage sur un jeune volontaire canadien effectué par un journaliste, une soixantaine d'années après la guerre. Il fait alterner entretiens avec des témoins de l'époque, compte rendus d'archives, description de photographies et extraits de journaux intimes avec un récit beaucoup plus conventionnel lorsqu'il s'agit d'évoquer la vie du jeune Robert Ross sur le front ou lors de ses permissions en Angleterre. Cela donne une intrigue parfois un peu confuse et malaisée à suivre mais lui apporte aussi une dimension bien plus importante que celle du simple récit de guerre.

L’histoire s’attache en effet beaucoup à la personnalité de son héros ainsi qu’à son environnement, à sa famille et ses connaissances bref à tout ce qui pourrait expliquer sa conduite lors d’un évènement qui ne nous sera dévoilé qu’à la fin du livre mais dont on sait dès le début qu’il motive cette enquête. Les scènes guerrières sont néanmoins bien présentes et d’une violence glaçante sans toutefois l’emporter sur tout ce qui se passe à l’arrière. Et c’est tout l’intérêt de ce livre que de nous faire vivre à parts presqu’égales la vie dans les tranchées et les conséquences du conflit sur le reste de la population.

Car, au-delà des conditions épouvantables que subissent les soldats canadiens dans les environs d’Ypres, il est surtout question des autres effets de cette guerre et notamment du profond désarroi dans lequel elle plonge tout un chacun. Désarroi des soldats qui sombrent dans la folie ou le suicide, dans l’autoritarisme ou la violence gratuite. Désarroi des mères qui perdent leurs enfants, des épouses transformées en veuves ou des femmes qui à l’instar d’une Barbara d’Orsey, s’étourdissent dans les conquêtes pour éviter de s’attacher à un homme qu’elles pourraient perdre.

« Guerres » nous rappelle donc avec justesse à quel point les esprits autant que les corps ont été ravagés par cette abominable guerre.

Editions du Rocher - 2000