Tremblement-de-terre

Depuis le temps qu’on l’attendait il a enfin pointé le bout de son nez. Et le reste avec. Qui ? Le Big One bien sûr ! Le bon gros tremblement de terre qui vous ratatine Los Angeles et la Californie en une poignée de minutes. Au milieu des ruines, dans le bordel sans nom qui suit la grande frousse, la lutte pour la survie prend le pas sur la philanthropie et les bonnes manières. La violence aveugle et l’esprit de meute sont de retour…

Initialement paru en 1976 sous un titre (Quelle secousse !) et une couverture beaucoup plus provoc, c'est sous son titre original que ce roman de Rudolph Wurlitzer a été réédité par les éditions Christian Bourgeois. Pour autant son contenu est toujours aussi transgressif et outrancier et en cela bien représentatif de ce qui se faisait dans les seventies.

Est-ce l’atmosphère de libération sexuelle ou la peur de la fin du monde que faisait alors peser la menace nucléaire mais c’est une histoire totalement radicale que nous propose l’auteur, joyeusement libertaire et résolument nihiliste. Pas de paragraphes, pas de chapitres, rien qu’un long texte entrecoupé de dialogues. Une succession de séquences fortes, sans ordre ni raison, sans causes ni conséquences.

Une vision absolument chaotique de la société ou plutôt de ce qu’il en reste car, en même temps que s’écroulent immeubles et buldings, c’est toute la structure sociale qui s’effondre. Les corps constitués et toute autre forme d’autorité disparaissent laissant les personnalités libres de s’exprimer sans contraintes (« Une petite parenthèse de dépravation où nous pouvons nous ébattre à notre guise »). Et comme on pouvait s’en douter, c’est le pire qui se révèle. Orgies, viols, tortures, exécutions sommaires, l'homme retourne très vite à sa nature animale, laissant libre cours à sa frénésie sexuelle et reprenant la lutte atavique pour le territoire.

"Tremblement de terre" est donc un roman surprenant, une peinture ultra réaliste d'un lâcher prise généralisé dont on se demande toutefois l’utilité. L’auteur ne pose aucune question, n’apporte aucune réponse et n’initie pas la moindre intrigue. Un exercice un peu vain…

Christian Bourgeois - Collection Fictives - 1995