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Des sept volumes parus chez Néo j’ai déjà lu « Ubbo- Sattlah » et « Les abominations de Yondo ». Je suis donc  familiarisé avec l’écriture pointue et rigoureuse de M. Smith ainsi qu’avec les différents cycles (Zothiques, Poseidonis, Averoigne…) auxquelles se rattachent la plupart de ses nouvelles. Le présent recueil se distingue toutefois par le fait qu’il nous propose huit récits qui, justement,  n’appartiennent à aucun de ces cycles. Quatre nouvelles fantastiques et quatre autres qui s’apparentent à la SF. Des textes la plupart du temps horrifiques et angoissants mais dont l’humour n’est cependant  jamais totalement absent. 

C’est Genius Loci qui ouvre le bal par une histoire de lieu hanté. Non, pas de maison ni de château écossais mais une mare perdue au milieu des prés. Un cadre bucolique propice aux idylles mais qui, sous la plume de Smith, prend des allures de cloaque immonde suscitant chez ceux qui s’en approche des visions morbides qui les poussent au suicide.

Le paysage aux saules a la candeur et la fraîcheur d’un conte pour enfants. Dans la Chine impériale, un vieil érudit est contraint de vendre un à un les trésors dont il a hérité : jades, ivoires, porcelaines. Pourras-t-il  se résoudre à se séparer d’une huile sur soie représentant un paysage agreste où il aime à vagabonder par la pensée ?

Le neuvième squelette et Les cendres du passé sont deux histoires dans lesquelles le narrateur vit une expérience extra lucide : vision du passé pour la première, prémonition pour la seconde. 

Suivent quatre récits de science-fiction : 

Le monde éternel fait irrésistiblement songer à « La machine à explorer le temps ». Comme dans le grand roman de H. G. Wells, un savant parvient à construire un appareil qui lui permet de voyager vers le futur. Une erreur de calcul le projette « au-delà du temps, aux confins d’univers oubliés, là où le temps n’existait peut-être même plus et où, par conséquent, rien ne pouvait jamais se produire. » Un concept intéressant mais pas assez fouillé, l’histoire reprenant trop vite une tournure beaucoup plus conventionnelle.

Science-fiction très classique aussipour La cité première qui nous offre un récit de cité perdue,  protégée par une terrible malédiction. Un texte beaucoup trop court pour accrocher le lecteur en dépit  de descriptions assez convaincantes.

Si Vulthoom ne figurait pas dans un recueil consacré à C. A. Smith, je l’aurais attribué sans l’ombre d’une hésitation à C. L. Moore tant le cadre, l’intrigue et le ton ressemblent à ceux des nouvelles qu’elle a composé pour « Shambleau ».La planète rouge,une demeure sinistre qui dissimule des secrets millénaires, un être aussi puissant que dangereux, deux héros en quête d’aventure… on se croirait bel et bien dans l’une des aventures de Northwest Smith et Jarol. Une différence toutefois, l’histoire se termine mal pour les deux héros.

Dans Mutation cosmique, le pauvre Lemuel Sarkis ne s’en sort pas mieux même si lui est victime de la sollicitude des habitants de la planète Mlok et non de leurs visées expansionnistes ! 

Des trois récits « médiévaux » issus du cycle d’Averoigne, La vénus de Périgon est le plus intéressant grâce à son double niveau de lecture. Peu après la découverte de la statue d’une déesse païenne dans le potager d’une abbaye, un certain relâchement des mœurs est constaté chez la plupart des frères. Un puissant sortilège émane-t-il de la Vénus ou bien sont-ce ses rondeurs de marbre qui tourneboulent les pensées de moines sevrés des plaisirs de la chair ?

Le colosse d’Ylourgne est un classique de l’œuvre de Smith puisqu’il met en scène un redoutable nécromant qui ourdit une terrible vengeance contre les habitants de la ville qui l’a rejeté. Rien de très nouveau mais quelques jolies scènes de ce fameux colosse ravageant une contrée pacifique.

Le satyre est un agréable récit qui nous conte l’infortune conjugale du Seigneur de la Frénaie. Mais alors que l’on pense assister au récit de sa vengeance, Smith passe en un rien de temps de la tragédie à la comédie en introduisant un troisième larron qui vient ridiculiser les deux rivaux ! 

Zothique est un univers qui emprunte à la fois à l’Egypte ancienne et aux contes des mille et une nuits. Rois tous puissants, vils sorciers, jeunes vierges et guerriers courageux évoluent dans un décor oriental fantasmé aussi plaisant à l’œil que dangereux.

Le jardin d’Adompha en est le meilleur exemple qui nous emmène visiter le paradis secret du roi de Sotar, un parc orné d’arbres sur lesquels des morceaux de corps humains - nez, cheveux, seins, mains ou oreilles – ont été greffés grâce à la magie du sorcier Dwerulas…

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Le dieu carnivore nous propose une aventure qui aurait pu être vécue par le célèbre barbare de R. E. Howard. A Zul-Bha-Sair, cité vouée au culte du Dieu Mordiggian auquel sont offerts les cadavres de tous les défunts, Phariom a fort à faire pour récupérer le corps de son épouse cataleptique. Atmosphère angoissante, culte mystérieux et sorciers félons sont à l’honneur dans ce texte où l’action est aussi bien présente. 

Des combats encore avec Le Supérieur noir de Puthuum qui nous emmène à la suite de deux guerriers chargés d’escorter la nouvelle favorite de leur souverain. Dans les profondeurs sauvages et désolées du désert d’Izdrel, Zobal et Cushara vont affronter les maléfices d’Ujuk, fils d’un moine et d’une lamie. Une nouvelle animée qui se conclue sur une note féministe. Si, si !

La fileuse de momies est en revanche beaucoup plus sombre. Sur ordre de leur roi, trois soldats doivent récupérer une momie enfouie dans les ruines de la cité maudite de Chaon Gacca. Une fin funeste les y attend… 

Nouvelles Editions Oswald - 1987