sans-titreHistoire de la très longue et bien remplie carrière criminelle d'Hélène Jégado, cuisinière hors pair et empoisonneuse hors norme. 

Au vu de ses derniers romans Jean Teulé semble se spécialiser dans les biographies romancées de  personnages historiques. Après François Villon, le marquis de Montespan ou Charles IX, il s'attaque cette fois à une obscure meurtrière bretonne.

Hélène Jégado est en effet une illustre inconnue. Elle est pourtant l'une des plus grandes tueuses en série que la France ait compté. A côté d'elle, Marie Besnard fait figure d'apprentie empoisonneuse et Landru d'enfant de coeur. Sa soupe aux herbes ou ses gâteaux à l'angélique ont fait passer de vie à trépas la quasi totalité des curés et petits bourgeois qui eurent recours à ses talents de cuisinière. De son Morbihan natal jusqu'en Ile et Vilaine et en passant par ses Côtes qui n'étaient pas encore d'Armor, elle a semé les cadavres, n'épargnant ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Une mortelle randonnée de près de quarante ans au cours de laquelle elle commit près d'une cinquantaine d'assassinats.

Mais plus que le nombre de ses victimes c'est sa personnalité qui en fait une serial kileuse à part. Hélène Jégado est un pur produit de l'illettrisme, de l'obscurantisme et de la pauvreté qui règnent encore dans cette Bretagne du début du XIXème siècle. Une terre miséreuse où les paysans tirent à peine de quoi subsister d'un sol ingrat. Une région certes convertie à la religion catholique depuis belle lurette mais où les pratiques païennes ont la vie dure. Nourrie dès son plus jeune âge de folklore et de légendes, abreuvée à outrance de fées, korrigans et autres poulpiquets, Hélène a été traumatisée. A un point tel qu'elle a fini par s'identifier à l'Ankou, le collecteur d'âmes de la tradition celtique dont elle va reprendre à son compte la sinistre besogne.

Sa promenade funèbre dans cette Bretagne arriérée est ce que le roman nous propose de mieux. Nous découvrons en sa compagnie la façon dont vivent les habitants de cette région reculée ainsi que de bien étranges coutumes : s'arracher une mèche de cheveu (cuir chevelu compris) pour se punir d'une vilaine action, implorer Notre Dame de la Haine pour obtenir la mort d'un ennemi ou fouetter la statue de Saint Yves pour lui faire payer les malheurs qui vous accablent, voilà bien des pratiques d'un autre âge.
Malgré tout, le roman est ennuyeux. La longue litanie des méfaits de la Jégado finit par devenir lassante. Ses assassinats comme ses victimes se ressemblent tous et seuls deux passages, l'un dans un couvent, l'autre au bordel, viennent rompre pour un temps la monotonie qui s'installe.

Heureusement, l'humour pince sans rire de Jean Teulé est au rendez-vous et parvient à rendre presque drôles les scènes les plus affreuses. Sous sa plume, les contorsions des pauvres victimes deviennent grotesques et leur trépas tourne à la farce. Il y a aussi ce gimmick qui revient tout au long du roman en la personne de deux perruquiers normands qui vont faire les frais de tant de celtitude.

Julliard - 2013