product_9782070412303_195x320Le narrateur, Alexandre Dumas lui-même, rencontre chez leur maître d’arme commun son vieil ami Alfred de Nerval. Ce dernier lui raconte alors l'étrange aventure survenue à Pauline de Meulien et à laquelle il fut en partie mêlé.

Hasard de mes lectures, « Pauline » est, après le « Frankenstein » de Mary Shelley, le deuxième récit enchâssé que je lis en l’espace de quelques semaines. Ces deux romans écrits au cours de la première moitié du XIXème siècle – respectivement en 1838 et 1818 –  partagent toutefois bien autre chose que cette construction façon « poupées russes » puisqu’on y trouve aussi les courants littéraires alors en vogue : le gothique et le romantisme.

Le premier est particulièrement prégnant dans le récit des aventures que vit Pauline dans la demeure normande de son époux. Portes dérobées, passages secrets, souterrains, abbaye en ruine, tous les ingrédients du genre sont présents jusqu’à la petite touche d’exotisme que représentent le serviteur malais d’Horace de Beuzeval et les aventures indiennes de son maître. Mais bien d’autres éléments (la nuit, le cachot, la substitution de cadavre) viennent encore ajouter à cette ambiance oppressante et quasi horrifique.

Le romanesque, lui, est presque entièrement contenu dans le caractère passionné et excessif des personnages. Leurs sentiments sont exacerbés par le sens de l’honneur et du devoir ainsi que par un besoin de changement et d’évasion qui viendraient fouetter leur petite existence terne et sans saveur. Pauline, Alfred et Horace sont de riches désœuvrés, des "enfants du siècle" mal dans leur époque, qui refusent le mode de vie de leurs parents mais désespèrent aussi de trouver un avenir à leur goût. Pour preuve cette tirade que Dumas fait dire à son héroïne : « Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparait du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ».

Mais si Alfred se laisse aller tout entier à sa passion dévorante pour Pauline tandis que cette dernière succombe à l’aura de mystère qui entoure la personnalité de son époux, seul Horace assume véritablement sa nature profonde dissimulée derrière un vernis d’honorabilité. Il est en cela le personnage le plus ambivalent et le plus fascinant du roman, le seul à mettre véritablement en pratique le mode de vie qui lui convient, fait d’aventures et de transgression.

Ambiance et personnages font donc de « Pauline » un très bon petit roman. Une œuvre qui n’a peut-être ni le souffle ni l’inventivité des grands succès d’Alexandre Dumas mais qui possède déjà une maîtrise certaine qui laisse entrevoir ses succès futurs.

Gallimard - Folio Classique - 2016