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Fraîchement débarqué à Londres où il venait postuler pour un emploi, Adam Kindred perd en l’espace d’une soirée tout ce qui constituait jusqu’alors son existence. Accusé du meurtre d’un chercheur  travaillant pour une puissante société pharmaceutique,dépouillé de son argent, de ses vêtements et de son identité, il se retrouve contraint de vivre caché parmi les exclus de la capitale britannique. Devenu un SDF comme tant d’autres il garde cependant chevillé au corps l’espoir de remonter la pente et de démasquer ceux qui l’ont condamné à une vie de misère. 

J’ai régulièrement recours à l’œuvre de William Boyd quand je suis à la recherche d’un roman susceptible de me fournir une bonne dose d’humour british.  L’auteur a en effet l’habitude de placer ses personnages timides et respectueux des convenances dans des situations impossibles, les enfonçant toujours plus profondément à mesure qu’ils cherchent à s’extraire des guêpiers dans lesquels ils se fourrent immanquablement . « Orages ordinaires » n’a toutefois rien à voir avec « Un anglais sous les tropiques » ou « La croix et la bannière » quand bien même son héros s’en prend , lui aussi, plein la gueule.

Il s’agit cette fois d’un thriller tout à fait classique tant au niveau de son intrigue que des personnages. On y retrouve le scénario éculé de l’individu lambda qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment et qui, comme dans un film d’Hitchcock du type « Les 39 marches » ou « Jeune et innocent »,  doit fuir la justice et le véritable assassin tout en cherchant à faire la lumière sur le meurtre dont il est accusé.

En fait, la seule véritable originalité de ce roman réside dans le fait que son auteur plonge son héros dans le milieu des SDF londoniens. L’histoire traite en effet pour une bonne part de la descente aux enfers de Adam Kindred. Celle-ci est d’ailleurs plutôt bien rendue et assez crédible. Sa plongée dans la mouscaille est rapide mais sans doute assez réaliste dès lors que vous n’avez plus ni famille, ni amis, ni logement et que, de surcroit, vous devez vous cacher. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’il est assez facile de disparaître des radars lorsque vous vous fondez dans une mégapole de la taille de Londres et que vous n’utilisez plus ces mouchards de la vie moderne que sont les portables et les cartes de crédit. Toujours est-il que l‘insertion de l’infortuné Adam Kindred dans le monde de la cloche est agréable à suivre. De nuits à la belle étoile en soupe populaire, de mauvaises rencontres en âmes charitables, sa transformation en mendiant puis en roi de la débrouille offre des moments d’émotion et d’humour bien sympathiques.

En revanche, les circonstances qui lui permettent de rebondir doivent beaucoup trop à la simple coïncidence avec ce camarade de galère qui meurt opportunément en lui « léguant » ses vrais/faux papiers tout neufs, son appart et son boulot de brancardier qui lui permet d’enquêter dans le milieu hospitalier où se dissimule le fin mot de l’histoire. Mais bon, il faut bien que l’auteur fasse avancer son intrigue et ce n’est pas en faisant la manche que son héros risque de remonter rapidement la pente.

Pour ce qui est de l’intrigue policière c’est donc du côté de l’industrie pharmaceutique et des enjeux colossaux que représentent  la mise sur le marché d’un nouveau médicament que William Boyd nous emmène. La description de ce milieu de requins en costards qui font leur beurre sur le dos de la santé publique est conforme à l’idée que je m’en fait. Il n’est d’ailleurs que de suivre l’actualité journalistico-judiciaire pour se rendre compte que la plupart des grands laboratoires ont une batterie de casseroles bien crasseuses au cul.

« Orages ordinaires » est donc un titre dont on attendra ni surprises ni émotion particulière mais qui remplit parfaitement son rôle de page-turner divertissant.

Editions du Seui - 2010