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Histoire d’un homme qui a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans loin de la société des hommes et qui, au décès de sa mère, part à la découverte du monde. De 1908 à 1938, nous le suivons dans ses voyages et ses rencontres dans une France qui s’apprête à subir de grands bouleversements. 

Difficile de classer « Le garçon » dans une catégorie bien précise. C'est un roman protéiforme qui ne cesse de changer tout au long de ses cinq cents et quelques pages. S’il est incontestablement un roman initiatique, celui d’un enfant sauvage, vierge de tout, sans préventions ni opinion préétablie, il emprunte aussi à bien d’autres genres. En fait, presque tous.

Il y a d’abord du roman populaire et l'on pense d’emblée au Rémi d’ Hector Malot pour les passages où ce garçon est recueilli par un patriarche campagnard le temps d’un été provençal ou bien lorsqu’il accompagne un lutteur de foire dans ses tournées à travers une France encore très rurale. Puis c’est le roman d’amour qui s’invite et se transforme rapidement en roman libertin avec moult galipettes et références au divin marquis mais aussi à d’autres auteurs plus classiques dont j’ignorais qu’ils avaient donné dans la rime grivoise et égrillarde.

Le récit de guerre prend ensuite la relève et l’on pense cette fois aux grands romans sur la boucherie de 14/18, à Barbusse, à Genevoix, à Dorgelès. Mais c’est surtout au "Capitaine Conan" de Roger Vercel que j’ai songé pour sa dénonciation de l’hypocrisie d’un pays qui encourage le meurtre en temps de guerre mais le réprime (à juste titre) une fois la paix revenue. Des nombreux chapitres consacrés aux épreuves vécus par son héros lors de la première guerre mondiale, deux seulement lui suffisent pour montrer toute l’absurdité et l’horreur de ce conflit. Le premier, plutôt comique, ironise sur les liens de parenté existant entre toutes les familles royales européennes : « C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts ». L’autre est en revanche d’une tristesse infinie. Il s’agit de l’énumération des soldats décédés lors d’une unique offensive. Nom, prénom, date et lieu de naissance, date du décès ; sur douze pages s’égrènent  la longue litanie de toutes ces vies fauchées inutilement.

Roman populaire, roman d’amour, récit de guerre mais aussi roman épistolaire, poésie sans oublier non plus quelques-uns de ces jeux érotico-littéraires comme savaient en composer Sand et Musset. Bref, quantité de façons de nous conter la vie de son héros et des quelques personnes qu’il rencontre et qui toutes imprimeront leur marque sur son existence. Des personnages forts et charismatiques dont on se souviendra longtemps. Comment en effet résister à la gaieté et au sens de l’honneur de Brabeck, à l’humanisme de Gustave et à l’amour d’Emma, à sa passion exclusive et dévorante. Comment ne pas souhaiter les rejoindre et partager quelques instants de leur vie, voyager en roulotte en compagnie de faux ogres mais vrais champions de lutte, chiner des livres érotiques sur les quais de Seine et faire l’amour sous un saule pleureur, vivre « quelques ravissements parmi nombre de ravages ».

Et si vous n’êtes pas encore convaincus par la nécessité de lire ce roman, sachez que l’écriture de Marcus Malte est particulièrement belle. Elle coule à la façon d’une rivière, tantôt calme et placide, tantôt torrentueuse, mais toujours poétique et inventive, s’accordant à merveille au rythme du roman comme aux aléas de l’histoire.

Zulma - 2016

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