fn-conan10-1994Pour dérober les joyaux de Dame Jondra, Conan s’est associé à une jeune voleuse du nom de Tamira. Tous deux intègrent la suite de la riche zamorienne passionnée de chasse qui s’est lancée sur les traces d’un mystérieux et redoutable gibier. Ils ignorent alors qu’ils ne sont pas les seuls à courser la bête fabuleuse et qu’un sorcier aussi retors qu’ambitieux s’apprête à les piéger tous.


La dernière fois que j’ai lu un de ces pastiches de Conan, l’expérience fut tellement lamentable que je m’étais promis de ne pas la renouveler. Promesse non tenue donc mais j'ai une excuse. Je me suis abreuvé très jeune aux récits de R. E. Howard grâce auxquels j’ai découvert la fantasy puis, de fil en aiguille, le fantastique et la SF. Je conserve donc un attachement tout particulier envers son gentil barbare et je me laisse presque toujours tenter lorsque je croise la route de l’un de ces romans édité au Fleuve dans les années quatre-vingt-dix. En plus, celui-ci était signé Robert Jordan qui est plutôt un honnête artisan déjà connu pour son cycle de « La roue du temps ».


Il nous a troussé ici une petite histoire sans grande surprise ni originalité mais qui comporte tout de même quelques bons moments, notamment ceux qui se déroulent à Shadizar, la capitale des voleurs, des mendiants et des catins. On y voit un Conan encore jeune qui joue les monte-en-l’air pour le compte d’un recéleur indélicat et  traîne ses guêtres dans les bas quartiers de la cité. L’atmosphère de cour des miracles est bien rendue avec ses bouges infects, ses quartiers en ruines  et ses taudis. Les personnages sont également bien croqués, y compris les seconds rôles, et certains sont même particulièrement  attachants (la petite reine des mendiants, le vieux serviteur…).


On change malheureusement assez vite de décor pour s’enfoncer dans les monts du Kezankian qui vont s’avérer moins déserts qu’on aurait pu le penser. Tribus révoltées, nobles brythuniens et militaires zamoriens, vilain sorcier et dragon cracheur de feu, c’est à croire que tout le monde s’est donné rendez-vous pour contrecarrer les plans de notre barbare favori. Il y a moult combats et démonstrations de force brute,  rivalités musculeuses et empoignades sanglantes, bref on en s’ennuie pas un instant en dépit d’une intrigue plutôt mince et d’un dénouement qu’on voit venir d’assez loin.

Le seul vrai reproche que je ferai à l’auteur est d’avoir quelque peu dénaturée la personnalité de Conan. Que le géant cimmérien cache derrière sa musculature un cœur d’artichaut, c'est concevable. Qu'il soit guidé par un code de l'honneur fruste mais juste qui le pousse à défendre les plus faibles, c'est certain. En revanche, qu'il se laisse aller  aux "jeux de l'amour et du hasard", soupire après la jolie voleuse tout en s'envoyant en l'air avec la belle chasseresse, s’amuse de la jalousie de l’une et de la soumission de l’autre, alterne les piques acerbes et les flèches de cupidon, c’est beaucoup moins crédible. 

L’histoire prend parfois des allures de vaudeville qui dénotent avec l’idée que je me suis toujours faite du farouche guerrier de Howard. Mais ce n'est finalement pas si grave puisque j'ai pu, une fois encore, passer quelques heures en compagnie de l'un des héros de ma jeunesse…

Fleuve Noir - Conan - 1994