trash01-2013

A Saint-Ragondard comme dans toutes les autres cités du royaume, la peste fait des ravages. Pas une ferme, pas une masure qui ne compte son lot de cadavres et seul le châtelain et sa mesnie semblent épargnés par le fléau, bien à l’abri derrière les hautes murailles de leur forteresse. Fraichement débarqué dans la petite ville, Tancrède Barbet, médecin aux méthodes peu orthodoxes, est accueilli à bras ouvert par le seigneur de céans qui lui confie la santé de sa famille et, accessoirement, celle de ses serfs. Il se rend très vite compte que la peste qui sévit dans les parages est plus virulente que partout ailleurs et que l’épicentre de la maladie se loge au milieu des marais, près du monastère de Saint-Hirudo…


En tout juste cent-cinquante pages, Julien Heylbroeck réussit à nous concocter une histoire bien agréable qui tient à la fois du roman historique, du polar et bien sûr, du roman gore. Encore que, et c’est paradoxal pour un roman édité par les biens nommées Editions Trash, cet aspect m’ait paru être le moins prononcé des trois. Il s’agit plutôt d’un gore d’ambiance pas particulièrement choquant  pour un récit se déroulant au moyen-âge : des juifs jetés au bûcher, des hérétiques torturés ou de pauvres hères coupés en rondelles, rien que de très commun en cette époque rude s’il en fut où la vie ne valait pas grand-chose.

L’auteur en rajoute juste un peu dans le crasseux et le sordide. Il se montre particulièrement complaisant dans ses descriptions des pestiférés, s’attardant sur les ravages de la maladie à grand renfort de bubons, sanies, pus et autres sécrétions bien dégueues. Quant à son village de Saint-Ragondard perdu au milieu de marais putrides, pourri d’humidité et infesté par les sangsues, il constitue un cadre idéal qui s’accorde à merveille à l'atmosphère extrêmement sombre qui imprègne l’histoire.

L’ambiance médiévale est aussi renforcée par l’utilisation d’un vocabulaire de bon aloi. On sent que l’auteur a travaillé la chose sérieusement et compulsé ses dictionnaires d’ancien français. Cela apporte un petit plus à un style par ailleurs solide et agréable même si parfois la signification de tel ou tel vocable n’est pas des plus évidente.

Le format court de ce roman ne permet malheureusement pas de s’attarder sur tous les personnages mais d’aucun auraient mérités d’être davantage exploités. Je pense notamment à Horatio, le nain montreur d’ours, qui me semblait offrir davantage de possibilités ou bien à celui de l’inquisiteur dont on parle beaucoup mais qui ne fera pourtant qu’une apparition éclair. Son médecin de héros occupe en revanche parfaitement sa place. Intelligent et opportuniste, sympathique mais dénué de cet humanisme anachronique que l’on trouve dans beaucoup trop de romans historiques, il est parfaitement crédible et raccord avec son époque.

« Pestilence » c’est enfin une intrigue qui tient la route et non une accumulation de scènes cracras comme c’est trop souvent le cas avec les romans gores. Ici, l’envie de connaître le fin mot de l’histoire nous tenaille tout du long et nous pousse à avaler les pages jusqu’à un dénouement absolument dantesque.

Trash Editions - 2014