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Pour se sortir de la mouise noire dans laquelle elle est empêtrée Jeanne a accepté de poser nue pour un peintre. Un travail a priori tranquille et de l’argent vite gagné si ce n’est que l’artiste en question réside dans la maison Van Karkersh, une grande et vieille demeure baroque autrefois occupée par un vieil original  sur lequel courent de bien sombres rumeurs.

Le décor et le personnage principal de « Catacombes » ne comptent pas parmi les plus originaux de l’œuvre de Serge Brussolo, loin s’en faut. Des histoires mettant en scène une jeune femme confrontées aux pièges d’une maison mystérieuse, l’auteur nous en a déjà servies quelques une et pas des moindres. Il y a eu Jeanne et la maison Malestrazza des « Emmurés », Cécile et le palais insulaire de « La nuit du venin » ou encore Sarah et la villa hollywoodienne de Rex Feinis dans « La maison des murmures ».

Mais le roman avec lequel « Catacombes » entretient le plus de points communs est sans conteste « La meute ». Il est en effet question dans ces deux livres d’une demeure où furent commis des meurtres particulièrement affreux et sur laquelle plane encore l’ombre malsaine du défunt propriétaire. Une maison occupée par un ou deux de ses descendants ainsi que par une inquiétante galerie d’œuvres d’art, animaux empaillés ou statues de plâtre. Dans les deux cas aussi, l’héroïne est une femme cabossée par la vie, sans attaches et sans domicile, contrainte par les évènements à emménager dans les lieux. Mais si Sarah est une jeune femme qui a du répondant et qui va se servir des forces démoniaques qui l’entourent pour accomplir sa vengeance, Jeanne est en revanche beaucoup plus passive.

L’intérêt du récit réside d’ailleurs dans la façon dont elle se laisse happer par l’atmosphère délétère de la maison jusqu’à abdiquer tout esprit critique et accepter l’irruption du fantastique dans son quotidien. Cela se fait peu à peu, au gré de ses découvertes  sur le passé de la famille Van Karkersh et sur les évènements dramatiques qui se déroulèrent dans leur demeure. Des révélations et des pistes qui sont constamment remises en question dès qu’elle se reprend en main, sort de la maison, raisonne au lieu de se laisser porter par son imagination et ses terreurs.

Le roman laissera d’ailleurs subsister jusqu’à la fin le doute sur la réalité de ces manifestations démoniaques. Si Jeanne finit par adhérer totalement aux théories foldingues des autres occupants, quantité d’indices plaident pour une interprétation plus rationnelle des évènements. Il y a d’abord la santé psychique des différents protagonistes de l’histoire. Difficile en effet de faire confiance à un concierge alcoolique, à deux cousins dégénérés issus d’unions consanguines ou à une héroïne particulièrement névrosée et constamment sous médocs. Il faut aussi et surtout souligner que, malgré ce qui ressemblait à une destruction en règle, la maison reprend finalement son apparence normale, preuve peut-être que toute l’histoire n’a jamais existée que dans les cerveaux malades des personnages.

Fleuve noir Anticipation - 1986