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Jehan de Montpéril est un ancien bucheron anobli pour sa bravoure sur le champ de bataille. Désormais chevalier sans fief, sans écuyer et sans armure, il est contraint de monnayer son épée pour gagner de quoi vivre. Engagés par le moine Dorius pour l'aider à convoyer des reliques sensés guérir un haut seigneur breton de la lèpre, il va se retrouver plongé dans une obscure histoire d'empoisonnement en compagnie d'une jolie trouvère et d'un vieux croisé.

Le moyen-âge est une période de l'histoire qui va comme un gant aux romans de Serge Brussolo. Une époque de violence et de superstition où son goût du morbide et son imagination débridée peuvent s'exprimer sans trop de contraintes. Il faut dire qu'il ne s'embarrasse pas trop de réalité historique, se contentant d'utiliser les éléments médiévaux qui lui conviennent le mieux : l'inquisition et son cortège de tortures, les tournois où l'on s'étripe à qui mieux-mieux, la lèpre, l'ordalie, bref, tout ce folklore médiéval enraciné dans l'imaginaire collectif. Il en va bien sûr de même pour ses personnages et c'est tout naturellement que sont évoqués le cruel seigneur, le moine retors, la jolie trobairitz (oui, ça sonne mieux que troubadour), les gueuses, les routiers et les serfs.


Mais Le château des poisons n'est pas qu'un un roman historique. C'est aussi un roman policier qui débute par une affaire de trafic de reliques, dérive sur une sombre histoire d'empoisonnement pour finir par la traque d'une bête fabuleuse. Une enquête guère palpitante puisque la recherche du coupable se limite, selon une méthode désormais bien ancrée chez l'auteur, à une succession de fausses pistes dans lesquelles son héros plonge à chaque fois. Habituellement, ce procédé fonctionne plutôt pas mal, nous embarquant dans toutes sorte d'hypothèses, des plus réalistes au plus folles. Ici en revanche, je l'ai trouvé trop répétitif. Tour à tour, ce sont presque tous les personnages qui seront soupçonnés par un Jéhan décidément bien crédule et ce, jusqu’à une révélation finale légèrement tirée par les cheveux.

Le roman reprend heureusement des couleurs lorsque la ville de Kandarec est victime d'un empoisonnement généralisée de ses ressources vivrières. Dans ces conditions particulières où cueillir et manger un fruit revient à jouer à la roulette russe, l'auteur peut se laisser aller à ces délires contrôlés qui forment le sel de ses romans. Il imagine alors à quelles étranges pratiques peuvent être conduits des habitants contraints de se méfier de tout ce qu'ils mangent. Une atmosphère de suspicion généralisée s'installe ainsi qu'une famine d'autant plus paradoxale que les greniers sont pleins. Chats, chiens ou prisonniers sont forcés de jouer les gouteurs tandis que les plus gourmands sont victimes de denrées tentantes mais mortelles. Pire encore, l'empoisonnement des fontaines, des mares et des ruisseaux oblige le peuple à ne consommer que du vin et c'est bientôt une populace plongée dans une ivresse permanente qui parcourt les rues de la petite cité.

Le château des poisons n'est donc pas le meilleur des polars médiévaux écrits par l'auteur mais son héros un peu pataud, chevalier malgré lui, est plutôt attachant. Je le retrouverai donc avec plaisir dans le tome deux de ses aventures : « L'armure de vengeance ».

Le Livre de Poche -1998