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Pour se faire pardonner une faute professionnelle, Jeanne a accepté un reportage sur la "Maison Malestrazza" où, vingt ans plus tôt, des meurtres abominables ont été perpétrés. Il s'agit de recueillir les témoignages de ceux des habitants qui ont connu Beppo Mallestrazza, l'architecte-assassin qui murait ses victimes dans les parois de l'immeuble. Afin de s'imprégner de l'atmosphère des lieux elle emménage dans l'un des appartements resté vacant et commence son enquête. Très vite, elle acquiert la certitude que le meurtrier, qui ne fut jamais arrêté, habite toujours la sinistre résidence.


La plupart des romans de Serge Brussolo ont pour cadre un univers clos : une île, une pyramide, un bunker, un château. Des lieux en marge du temps, microcosmes étouffants régis par leurs propres règles.
Cette fois, il s'agit d'un immeuble qui pourrait être banal si un serial killer n'y avait trouvé refuge depuis bientôt vingt ans.

Et comme le bonhomme n'est autre que le concepteur du bâtiment, les rumeurs les plus folles circulent sur son agencement. Passages secrets, murs creux, glaces sans tain, nul n'est à l'abri du psychopathe. Sa présence, réelle ou supposée, fait peser sur tous les locataires une angoisse irraisonnée qui les pousse aux conduites les plus étranges. Offrandes déposées dans l'ancien appartement du tueur, lits protégés par une cage, murs recouverts de zinc, chacun exorcise sa peur comme il le peut.

Cette ambiance de folie latente et de crainte permanente donne le ton de la première partie du roman. Sans elle, l'enquête de Jeanne serait bien terne malgré ses allures de randonnées en haute montagne. L'exploration de l'immeuble a en effet tout d'une l'expédition. Les corridors succèdent aux escaliers déserts, les étages abandonnés aux appartements vides. L'héroïne bivouaque dans les chambres de bonnes et fait du rappel sur les toits. Quant aux rares habitants qu'elle rencontre, ce sont pour la plupart de vieux originaux rappelant ces paysans qui refusent de quitter leurs alpages. Elle finira néanmoins par retrouver la trace de l'architecte et, à partir de là, le roman changera d'allure.

Sans déflorer l'intrigue, indiquons simplement qu'il s'ensuit un huis-clos particulièrement stressant. Jeanne se retrouve prisonnière au fond d'une courette, véritable cul de basse fosse qu'elle partage avec un fou de la pire espèce. Un dément auquel elle doit disputer sa part de nourriture et surveiller en permanence pour éviter d'être mutilée. Un face à face éprouvant qui trouvera sa conclusion tout au bout d'un crescendo de folie et d'horreur.

Editions Gérard de Villiers - 1990