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Sur une terre polluée et peuplée d'une humanité pléthorique, une journée de la vie de quatre individus partagés entre révolte et résignation.

A la fin des années soixante-dix, Pierre Pelot a écrit une série de romans qui ont en commun des univers dystopiques particulièrement sombres et des titres latino-saxons qui se la pètent : Delirium Circus, Parabellum Tango, Canyon Street et ce Foetus-Party dont c'est que j'vais vous causer aujourd'hui.

Dystopie donc, et des plus noires. Pelot n'y va avec le dos de la cuiller et nous offre une vision du futur proprement abominable. La Terre n'est plus qu'une vaste conurbation, bitume et béton partout et par-dessus, quinze milliard d'humains affamés. Le régime qui préside aux destinées de cette multitude est comme il se doit totalitaire et s'est donné pour mission de lutter contre la surpopulation. Tous les moyens sont bons : on pousse les vieux au suicide, on supprime les délinquants puis on recycle tout ce beau monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Ici, pas d'hypocrisie. C'est expliqué, assumé, revendiqué. Harry Harrison et son Soleil vert peuvent aller se rhabiller.

Mais le Saint Office Dirigeant a trouvé encore mieux. Plutôt que de supprimer les vivants, pourquoi ne pas leur passer l'envie de naître ? Pour ce faire on donne au fœtus une petite vision de ce qui l'attend, comptant sur le choc salutaire qui provoquera la mort avant la naissance. Et si jamais le fœtus persiste dans son désir de vivre, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même ! Voilà pour le cadre.

Côté intrigue, c'est en revanche moins spectaculaire. Pelot utilise la méthode de la pelote qui rembobine plusieurs fils conducteurs finissant par se rejoindre. Autant de tranches d'une vie de merde, sans perspectives et sans espoir. Il y a celle de Trash le dealer à la petite semaine, de Mark et Eva Lipton qui tentent pour la troisième et dernière fois d'avoir un enfant et de Ross/Jent un « visiteur » dont on ne sait à peu près rien. Enfin au début, car on devine très vite de qui il s'agit réellement, ce qui enlève une bonne part de son intérêt au récit.

On reste néanmoins scotché par les visions dantesques que suscite l'écriture de l'auteur. Une prose d'une grande beauté avec des phrases sèches comme des sentences (« Le bien, comme le mal, n'existe pas. Rien n'existe. Sauf la connerie. ») ou empreintes d'une poésie désespérée (« Et les vagues-montagnes se lèvent, gercent, frisent coagulées, s'empustulent et se ratatinent, se boursouflent, s'emmêle-hérissent et s'emberlicripottent, s'explosiforment, s'enchiassent. »).

« Foetus-Party » est donc un roman dur qui nous montre un résultat possible de l'utilisation abusive des ressources de notre planète. Un monde qui, à l'instar du jeu du Poniachet auquel s'essaie l'un des personnages, ne laisse de choix qu'entre la mort et... la mort.

Denoël - Présence du Futur - 1977