imgLes partisans du "Grand Nettoyage" espéraient se débarrasser des microbes en éliminant leur principal vecteur : les animaux. Exit les insectes, les rats, les pigeons. Adieu chiens, chats, veaux, vaches, cochons, couvées. Haro sur les bêtes, à poils comme à plumes. Après une décennie d'extermination rigoureuse, la raison a cependant repris le dessus et les animaux sont de nouveau tolérés. Mais alors que les autorités tentent péniblement d'inverser les mentalités et de réhabituer les populations à leur présence, une mystérieuse épidémie commence à se répandre.

Dans cette collection entièrement consacrée à l'édition de ses romans fantastiques, Serge Brussolo a totalement lâché la bride à son imagination fertile. Ses fantasmes et ses délires s'y épanouissent sans contraintes pour nous donner quelques unes de ses histoires les plus extravagantes. Les bêtes en est un excellent exemple.

Son récit débute comme toujours par une idée un peu folle. Cette fois, il a imaginé un monde où la phobie des microbes atteint des proportions paroxystiques. Une société malade de la propreté, aseptisée, javelisée. Une situation qui génère des comportements étranges (l'épilation totale, les cours d'hygiène civique) ou aberrants (les enfants encouragés à chasser les chats et les pigeons sur le toits des immeubles, les troupeaux de vaches et de chevaux enfermés sous terre).

Comme à son habitude, l'auteur va explorer cette idée de fond en comble puis, une fois vidée de sa substance, l'abandonner sans état d'âmes. Il faut dire qu'il en a tellement dans sa musette, qu'il aurait bien tort de se gêner. Il s'attaque alors au mythe du loup-garou. Mais attention, avec lui, point de lycanthrope hurlant au fonds des bois les nuits de pleine lune, point de malédiction ni de balle en argent. Pourquoi se contenter du loup quand l'infini variété des espèces animales lui ouvre de si vastes perspectives. Ses garous à lui se transforment donc en toute sorte d'animaux, mammifères, poissons, dinosaures... Nous verrons ainsi un homme mouton broutant la bourre des fauteuils de son appartement ou un poisson rouge de 75 kilos qui fait de l'apnée dans sa baignoire. Nous assisterons aussi aux nombreuses mues d'un héros capable de se transformer à volonté, véritable zoo ambulant.

Mais avant d'en arriver là, il nous aura conté par le menu les états d'âmes de ce dernier afin que, des premiers symptômes jusqu'aux métamorphoses les plus délirantes, nous n'ignorions rien des progrès de sa maladie. Cela nous offrira quelques très bon passages. Je pense notamment aux scènes où il est la proie de pulsions incontrôlables qui le poussent par exemple à mordre sa compagne ou bien lorsque son odorat surdéveloppé lui permet de flairer les émotions des personnes qui l'entourent.

En revanche, l'origine de l'épidémie ne sera jamais divulguée. Mutations génétiques ? Vengeance animale ? Transformations psychosomatiques ? Peu importe finalement car, une fois de plus, il s'agit d'un livre qui vaut d'avantage pour les images qu'il suscite que pour la complexité de sa trame.

Editions Gérard de Villiers - Coll Serge Brussolo - 1990