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Au terme de sa migration annuelle, la famille des Quatre-Encoches est parvenue sur les côtes de l'Aquitaine pour y récupérer les coquillages qui constitueront la dot de la fille aînée du chef "Vitesse de bison". Mais alors que la petite troupe s'apprête à rebrousser chemin pour rejoindre son hivernage sur les bords de la Vézère, Iranie, la future apprentie de la chamane, est retrouvée morte. Cet assassinat n'est que la première d'une série de catastrophes qui vont s'accumuler sur le petit groupe d'une quinzaine d'individus. La Chamane Puissance-de-licorne aura fort à faire pour découvrir le coupable et éviter au clan des Grandes-Mains-Blanches de sombrer dans les divisions.

Je n'ai pas une grande habitude des romans historiques qui ont pour cadre les premiers temps de l'humanité. Mon expérience en la matière se limite aux récits du grand Rosny et à un ou deux livres plus récents mais pas forcément meilleurs. C'est donc sans attente particulière que j'ai entamé ce voyage dans le temps qui s'est avéré aussi plaisant qu'instructif. 

On y apprend beaucoup sur les hommes et les femmes du paléolithique supérieur, ces chasseurs-cueilleurs qui peuplaient l'Europe d'alors. On découvre les différents aspects de leur vie, leurs techniques de chasses et de conservation de la nourriture, leur habillement, leur habitat ou leurs pratiques religieuses. J'ignore quelle est la part de la recherche archéologique et celle de la pure spéculation mais ce livre donne une image tout à fait plausible de leur quotidien. Une existence très éloignée de la notre mais qui lui ressemble quand même par bien des aspects. Il n'est en effet pas interdit de penser qu'une fois leurs besoins primaires assurés (sécurité et nourriture), ils aient ressenti le besoin de s'adonner à des occupations artistiques telles que la sculpture ou la musique et que les jeux de l'amour et de l'ambition y tenaient déjà une place très importante.

Venons-en maintenant à l'aspect « policier » du roman puisque, qui dit meurtre, dit enquête. Celle menée par l'héroïne est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Elle débute par la recherche d'un assassin au sein d'un petit groupe familial pour aboutir à un véritable complot qui menace l'avenir du clan dans son ensemble.

Sophie Marvaud a eu la bonne idée de choisir un chamane pour conduire les recherche. Ses fonctions de « médecin » et de chef religieux l'amènent tout naturellement à s'intéresser à ses semblables, à les observer et les deviner. Le recours à un personnage féminin est tout aussi pertinent. Dans un monde dominé par la force brute, il est bien plaisant de voir une femme tirer son épingle du jeu. Puissance-de-Licorne le fait de façon intelligente, sans heurter les habitudes de ses compagnons et en tenant compte du tempérament de chacun. D'ailleurs, tout au long de ses investigations, elle cherche à convaincre et non à imposer son point de vue. Elle a parfaitement compris que la découverte et la punition du coupable sont secondaires et passent après la préservation de l'intérêt général.

Signalons enfin que ce roman se conclue sur une jolie leçon de "savoir vivre ensemble" et rappelle que l'égalité entre les hommes et les femmes est nécessaire à l'épanouissement d'une société harmonieuse. Sa "métaphore de la corde", objet rituel que les parents tissent ensemble et qui sert à soutenir leur enfant lors de son épreuve d'initiation est extrêmement parlante : à défaut de concertation et de travail en commun, le résultat sera médiocre... et la corde risque de lâcher ! A méditer.

Nouveau Monde Editions & Editions du Partrimoine - 2014