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Chaque nuit, la petite Anaïs fait un affreux cauchemar dans lequel elle est confrontée à une présence monstrueuse. Elle trouve heureusement un peu de réconfort auprès des animaux de la ménagerie du jardin des plantes dont son père est le directeur et aime particulièrement rôder près de l'enclos des loups. Celui-ci est pourtant vide depuis la mort de Boris, le dernier loup de Sibérie. Mais Boris n'était-il pas davantage qu'un loup ? Et d'ailleurs, est-il vraiment mort ?

Si l'on peut reconnaître au moins un mérite à la collection Frayeur, c'est d'avoir eu l'audace de publier le premier roman de pas mal de jeunes auteurs. Anissa Berkani-Rohmer en fait partie. Et on s'en rend vite compte aux petites faiblesses dont son livre est truffé.

Il y a tout d'abord un problème de rythme. Elle s'attarde beaucoup trop au début du roman sur la personnalité de l'héroïne, sur ses divagations et ses déambulations dans le jardin des plantes. De même, la traque finale du loup-garou m'a semblé un peu longuette d'autant qu'elle débouche sur une non fin assez frustrante. Entre les deux, presque rien. Les découvertes et les révélations se font grâce à deux récits (le journal intime d'Anaïs et la confession d'un scientifique) sur lesquels l'un des personnages met la main et qui, seuls, éclairent et font progresser l'intrigue.

Il y a ensuite quantité d'imprécisions qui nuisent à la crédibilité de l'histoire. On se demande ainsi comment Jean Goubé s'y prend pour retrouver la trace d'un vieux moujik au fin fond de la Sibérie soviétique ou pourquoi il faut utiliser un poignard en argent pour abattre l'un des monstres alors qu'un peu plus loin ses petits copains sont trucidés avec de simples fusils de chasse.

On se demande aussi pourquoi les attaques des vilaines bêbètes ne nous sont contées qu'après coup ? On n'en voit que les effets grâce à des descriptions complaisantes à grand renfort d'hémoglobine et de chairs déchirées. Il faudrait savoir ! Soit on verse dans le gore et dans ce cas il fallait décrire les scènes de meurtres, soit on préfère jouer sur l'atmosphère et il n'est donc pas nécessaire d'entrer dans les détails sordides. Ajoutons encore des personnages surnuméraires qui n'apportent rien au développement de l'intrigue, un style grandiloquent, des passages confus...

Bref, des défauts qui, sans être rédhibitoires, finissent par agacer. Une bonne idée toutefois. Celle de ce loup-garou doté du don d'ubiquité et qui, même prisonnier, peut s'incarner en d'autres lieux, donnant ainsi la possiblité au récit de se dérouler sur deux plans différents.

Fleuve Noir Frayeur - 1995