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Le petit village d'Aniocha est en émoi. Onuma, le fils du chef, est de retour après quinze année passée dans la capitale. Son père et toute la communauté sont d'autant plus fiers que le jeune homme arrive au volant d'une splendide Jaguar, signe d'une réussite éclatante. Onuma apprendra toutefois à ses dépens qu'honneur et richesse ne durent qu'aussi longtemps que les apparences jouent en votre faveur.

Je ne connais rien ou presque à la littérature africaine. Aussi, quand je suis tombé sur ce livre au titre évocateur, il m'est apparu que c'était là une occasion à ne pas manquer. Je me suis donc lancé avec beaucoup de curiosité dans la lecture de ce qui me semblait être une grosse farce placée sous le signe du soleil et de la truculence.

Et certes, l'humour est bien présent. Les mésaventures de ce jeune opportuniste ne manquent pas de piquant et le sourire n'a pas quitté le coin de mes lèvres de tout le roman. Mais le récit de ses déboires est aussi un moyen détourné de faire un véritable état des lieux de la société nigériane.

Le personnage d'Onuma est en effet à l'image de son pays et de son époque. Un garçon imbu de lui-même, égoïste et prêt à tout pour s'enrichir et dominer ses semblables. Nous découvrons donc en sa compagnie un pays gangrené par une corruption endémique. Un état où la confusion du pouvoir tribal et des corps constituées est de règle et où faire de la politique est le chemin le plus court vers la richesse. Bref, une société où argent et apparence règnent en maître :« Il ne fallait pas seulement être riche mais en présenter les signes extérieurs. »

En lisant ces pages je me suis d'abord fait la réflexion que j'avais bien de la chance de vivre en France plutôt que sous le soleil de plomb de l'hémisphère sud. Et puis, en y réfléchissant un peu plus, il m'est apparu que la différence entre ces pays et le notre n'était finalement pas si grande. Nous souffrons des même maux (la famine et les maladies en moins) et, ici comme là-bas, l'argent, le paraître et l'égoïsme sont roi. Les sociétés africaines sont bien semblables à la notre, tout juste altérées par le miroir déformant de la pauvreté et de l'analphabétisme.

Je ne saurais donc trop vous conseiller la lecture de ce roman qui m'a donné bien envie de découvrir  de nouveaux auteurs africains.

Editions du Serpent à Plumes - 1999