ldp17203-2001

Lorsque son maître meurt au cours d'un sanglant tournoi, Gilles devient la propriété d'un bien étrange seigneur. Foulques de Braz est en effet un chevalier peu ordinaire qui ne quitte jamais son armure rouillée et prétend être la victime d'une malédiction qui l'oblige à se nourrir de chair humaine. Mais son invincibilité en fait le parfait candidat pour les missions les plus dangereuses. Le voici donc chargé par un inquisiteur de mettre la main sur un grimoire de sinistre réputation. En compagnie de Gilles et de Tara, une jeune égyptienne versée dans les écrits sataniques, il entreprend de fouiller le château de Lilith de Niel, la bergère devenue châtelaine grâce à ses formules démoniaques et ses philtres d'amour.

Lorsqu'il s'agit de donner dans l'étrange ou l'ambiguë Serge Brussolo n'est jamais en reste. Cette fois c'est l'imagerie populaire des contes de fées qui a les honneurs de son imagination sans limite. Ogre, sorcière, géant assoupi, loups et brebis son conviés à une drôle d'histoire où il ne faut toutefois pas se fier aux apparences.

Brussolo a du métier. Il s'est bien documenté et son moyen âge est plutôt réaliste. Le vocabulaire médiéval sonne juste tout comme le décor ou les mentalités des personnages. Des personnages guère sympathiques, victimes de leur passion ou de leur folie. Seul Gilles, l'écuyer narrateur, semble sain d'esprit même s'il demeure prisonnier de ses superstitions. Ces trois alliés de circonstances vont vivre un huis clos particulièrement délétère dans un château où chaque pièce recèle son lot de périls.

La demeure de la bergère diabolique est en effet truffée de pièges. Bibliothèques aux étagères à bascule déclenchant des avalanches de livres, grimoires empoisonnés, chandelles farcies de poudre, le moindre objet peut s'avérer mortel. Sans oublier le troupeau de moutons qui a élu domicile à l'intérieur des murailles et qui semble n'avoir de cesse de les précipiter du haut des remparts. Il leur faudra donc faire preuve de patience et de ténacité pour surmonter ces épreuves et mettre la main sur le mystérieux livre.

La chute est bien amenée et assez surprenante. Elle permet surtout de dégonfler la fantasmagorie qui imprégnait jusqu'alors le récit. Tout reprend de justes proportions, le surnaturel disparait et laisse place à une réalité bien plus prosaïque. Comme le dit la jeune Tara, une sorcière c'est avant tout une bonne empoisonneuse, une femme versée dans la chimie et connaissant les propriétés des plantes.

Mais avec Brussolo, le fantastique ne disparait jamais totalement tant est grande sa capacité à vous transporter vers les hypothèses les plus folles à partir de simples détails. Sous sa plume les moustiques se transforment en fées dont chaque baiser vous vole un souvenir et des enfants jouant au milieu des menhirs deviennent des lutins malintentionnés. De quoi espérer encore quelques jolies pages empreintes de mystère avec ses autres "romans médiévaux".

Editions du Masque - Le Livre de Poche - 2001