GdV-sb02

La vieille demeure des Mareuil-Mondesco abrite bien des choses inquiétantes : un grand parc retourné à l'état sauvage, une collection d'animaux empaillés, la statue de cire de Werner, le célèbre chasseur, géant séducteur et impitoyable et... deux personnages à l'esprit passablement dérangé. Il y a d'abord Georges, l'héritier des Mareuil-Mondesco, un psychopathe qui agresse les femmes pour leur "voler" chevelure et toison pubienne. Il y a ensuite Sarah, l'orpheline SDF qui a par hasard trouvé refuge derrière les murs de la grande maison.

Entre ces deux individus si dissemblables s'est instauré un pacte de l'horreur. La jeune femme s'occupe des repérages avant chaque agression et aide Georges à surmonter les crises qui l'assaillent sitôt son forfait accompli. En échange, ses victimes sont choisies parmi les femmes dont Sarah souhaite se venger. Ce fragile équilibre tiendra-t-il encore longtemps alors que des forces mystérieuses semblent être à l'œuvre dans la mystérieuse demeure ?

 

Les aficionados de maître Serge se trouveront en terrain de connaissance avec ce roman dans lequel leur écrivain favori donne libre cours à ses obsessions coutumières. Ils ne seront donc surpris ni par les lieux choisis, ni par la personnalité des héros, ni par le déroulement de l'intrigue. Pour autant, il s'agit encore une fois d'une histoire passionnante qui nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.

L'action se déroule dans l'un de ces lieux clos que l'auteur affectionne. Une maison gigantesque, enclave mystérieuse au cœur de Paris, dotée d'un parc protégé de hauts murs, d'une immense verrière, de balustres et de colonnades. Une demeure baroque et inquiétante qui joue un rôle de premier plan. Presque un personnage à part entière.

Ses occupants sont tout aussi déroutants. Un duo de névrosés, paranoïaques, maniaques et agoraphobes. Deux individus pitoyables qui ont en commun une enfance éprouvante où ils ne connurent que brimades et discipline. Leur histoire nous est contée par bribes, nous livrant ainsi les clés de leur personnalité et les motifs de leurs agissements présents. On apprend ainsi à connaître ces deux âmes blessées dont les relations sont au cœur du récit. Unis par une complicité forcée, ils se serviront l'un de l'autre jusqu'à ce que les circonstances en fassent des ennemis. Ils se livreront alors une lutte sans merci au cours d'un huis clos aussi étouffant que palpitant.

Le décor planté et les acteurs identifiés, le spectacle peut alors commencer. A partir d'une idée somme toute assez basique, l'auteur va construire l'une de ces histoires abracadabrantes dont il a le secret. Cette fois-ci, c'est la taxidermie qui est à l'honneur. Un thème bien appétissant pour cet écrivain qui n'aime rien tant que martyriser les chairs et transformer les corps. Un thème qui va lui permettre de distiller ses trouvailles en un crescendo époustouflant.

Tout commence avec Mareuil-Mondesco père et son amour immodéré de la chasse. Une passion qui le pousse à empailler ses trophées puis à les faire poser en des copulations choquantes et morbides.C'est ensuite la paranoïa du fils qui s'imagine devoir réparer les crimes deson père en offrant aux animaux naturalisés une compensation sous la forme de scalps humains. C'est enfin l'idée géniale et démente qui voit ces mêmes animaux accoucher de fœtus monstrueux dotés d'un appétit insatiable.

Mais La meute, c'est aussi et surtout un roman sur la folie. Qu'elle soit passion dévorante pour la chasse, vengeance exacerbée, délire paranoïaque, elle est partout présente. Elle explique tout, du moins jusqu'à ce que le roman ne bascule définitivement dans un fantastique qui n'était alors qu'une hypothèse de cerveaux malades. A noter que, comme dans La nuit du venin, l'héroïne ne pourra rien contre le mal contenu dans les limites de la maison et qu'elle sera même le vecteur de sa propagation dans le reste du monde.

Editions Gérard de Villiers - Serge Brussolo - 1990