untitledJuin 1917, alors que l'offensive sur le Chemin des Dames vire à la boucherie, que le moral des troupes est au plus bas et que l'état major craint une mutinerie, le soldat Jonas est accusé d'avoir assassiné son supérieur. Chargé de sa défense, le capitaine Duparc va tenter l'impossible pour lui assurer un procès équitable face à un haut commandement qui souhaite faire un exemple.  

"Tranchecaille" est un roman intéressant tant sur le fond que par la forme puisque Patrick Pécherot y donne la parole aux différents protagonistes de son histoire par le biais de dépositions, de témoignages ou de lettres.

Nous voyons ainsi défiler devant l'enquêteur, les camarades de tranchées de l'accusé, simples soldats ou sous-officiers, médecin ou aumônier mais aussi une prostituée, une marraine de guerre, un garçon de café resté à l'arrière... le tout nous donnant une très jolie galerie de portraits.

Il y a les sympathiques tels le commandant de Guermantes, officier supérieur désabusé sombrant dans l'alcoolisme mais conservant une part d'humanité, le major Campion, médecin chef qui cache son dégoût de la guerre derrière un humour féroce et un athéisme non moins forcené ou encore Duparc lui-même qui jette sur tout çà un regard acerbe et ironique.

Et il y a les autres, malheureusement tout aussi nombreux : l'officier supérieur pour qui les soldats ne sont que des pions ou le curé qui parle de sacrifice nécessaire...

Grâce à ces tranches de vies nous découvrons le quotidien des poilus : les combats bien sûr mais aussi la "roulante" et son rata immonde, le courrier censuré, les perms qui laissent un goût amer, les hôpitaux et les gueules cassées, la fraternisation avec l'ennemi, les mutineries, les marraines de guerre, l'obusite (ou shell-shock)...

La situation à l'arrière n'est pas forcément plus joyeuse et Patrick Pécherot prend le temps de nous en toucher deux mots. L'occasion de constater que la vie y est dure et que le rationnement et les mensonges de la presse rendent l'attente des familles encore plus pénible.

Si l'atmosphère du roman est prenante et le contexte historique bien restitué, l'intrigue policière m'a en revanche moins emballé. Le duo d'enquêteurs (Duparc et son caporal) est certes bien sympa mais leurs caractères ne sont pas assez développés pour que l'on vibre avec eux au fur et à mesure de leurs découvertes.

On se contente donc d'observer tout cela de très loin et la résolution de l'enquête n'est pas attendue avec beaucoup d'impatience. Néanmoins, le doute sur la culpabilité de l'accusé laisse planer ce qu'il faut de suspens sur une affaire qui aura des prolongements inattendus.

On notera aussi en manière d'anecdote, les allusion aux écrivains de la grande guerre, Maurice Genevoix, Henri Barbusse, Jean Meckert et Roland Dorgelès. Malgré sa présence en "Série Noire", ce livre est donc davantage un roman sur la grande guerre qu'un véritable polar, mais il mérite sans conteste le détour.

Gallimard - Folio Policier - 2008