untitledFabuleusement riche en métaux rares, la planète Eldorado excite bien des convoitises à commencer par celle du tout puissant Bureau International des Mines. Henderson, son directeur, est prêt à tout pour obtenir du gouvernement mondial la charte large qui lui permettrait de l'exploiter sans soucis des populations indigènes. Mais ses projets sont tenus en échec par Teraï Laprade, un géologue qui, avec l'aide des tribus Ihambés et de son paralion, tente d'éviter la mise sous coupe réglée de ce monde sauvage où il s'est installé. Il lui faudra cependant beaucoup de ténacité pour venir à bout des manigances du BIM et convaincre Stella Henderson, la fille du magnat, de la justesse de ses idées. 

Sixième et dernier roman de Francis Carsac, La vermine du lion est aussi son plus complet. Un roman protéiforme qui embrasse aussi bien le récit d'aventures tel que le concevaient Burroughs ou Haggard et le planet opera de Sprague de Camp et Poul Anderson.

Avec ce livre, Carsac se hisse au niveau de ces grands noms de la SF anglo-saxonne auxquels il adresse d'ailleurs de nombreux clins d'œil : la caméra miniature de marque Barnevelt de Camp et surtout Dom Flandry, le contrebandier au célèbre patronyme à qui il fait dire : «...je crois que dans le futur, quand la Terre aura fondé pour de bon son empire galactique, il y aura des Flandry dans l'armée ou dans la flotte, et je puis même parier que l'un d'entre eux s'appellera Dominique».

Anecdote mise à part, Carsac nous offre une histoire particulièrement dense qui ne laisse pas au lecteur le temps de reprendre son souffle. On est de suite embarqué dans cette lutte disproportionnée entre une multinationale et un idéaliste, happé par ses ramifications sur une planète primitive qui sera le théâtre de bien des aventures. Guerre civile, conflit religieux, faune sauvage, sacrifices humains, espionnage, vengeance, les péripéties s'enchaînent et les personnages ont fort à faire.

Ajoutons-y un background galactique cohérent et développé ainsi qu'une jolie petite idylle et cela nous donne une histoire romanesque mais jamais gnangnan portée par un personnage hors du commun, véritable condensé de tous les héros de la littérature populaire.

Teraï Laprade, c'est Tarzan qui sauve la femme blanche des périls de la jungle, c'est Allan Quatermain qui découvre la cité perdue, c'est Butch Cassidy la terreur des saloons, c'est l'impétueux pilote spatial. Un homme tel que Carsac a sans doute rêvé d'être : beau, grand, fort, terrible..., fait tout d'une pièce, impulsif, extrême dans ses amours comme dans ses haines. Mais c'est aussi un homme de cœur et d'esprit qui s'interroge sur le devenir de l'humanité et aspire à la liberté pour tous.

Quelques unes de ses réflexions illustrent fort bien son état d'esprit : "Non ce ne sont pas des hommes. Comme je vous l'ai dit, 54 chromosomes et 40 dents. Et aussi le foie à la place de la rate, etc. Mais ils ont des corps magnifiques, et leurs âmes valent bien les nôtres, si toutefois l'âme existe." "...les explorateurs, les scientifiques, les médecins, certains missionnaires, sont la partie noble de l'humanité. Malheureusement, bientôt arrivent les marchands, les militaires pour les protéger, et les exploiteurs qu'ils traînent derrière eux comme Léo traîne sa vermine. La vermine du lion, voilà ce que sont le BIM et les autres." "Les fanatiques, Stella ! La chose la plus vile, la plus horrible et la plus dangereuse du monde !"

Eloge de la tolérance, condamnation en règle du colonialisme des états et de l'impérialisme des consortiums, rejet des fanatismes, ce roman, comme d'autres de l'auteur, est un hymne à la liberté et au savoir vivre ensemble. C'est en tout cas une vraie réussite et un excellent moment de lecture qui, aussi, vous fera penser à Avatar.

Fleuve Noir Anticipation - 1967