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En Hongrie, pendant la première guerre mondiale, une escouade de cavalerie autrichienne subit une violente attaque au cours de laquelle le lieutenant Bagge est blessé. Ses camarades et lui-même trouvent refuge dans une petite bourgade où de sympathique villageois les accueillent chaleureusement. Bagge y est soigné et, à quelques jours de là, rencontre une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Mais bientôt, des indices le font douter de la réalité des choses. Les villageois sont-ils bien vivants ? Et lui-même, n’est-il pas en train de rêver ?  

Le baron Bagge est un bel exemple de réalisme fantastique, genre qui se joue de la frontière parfois ténue entre monde réel et univers merveilleux.

Dans ces récits la réalité la plus prosaïque est corrompue par l'irruption d'un élément d'ordre surnaturel ou pour le moins étrange (Mars en bélier). D'autres fois, c'est le rêve qui a toutes les apparences de la réalité et nous le prenons pour tel jusqu'à ce que l'on réalise notre erreur à quelques menus indices (Le baron Bagge). Dans les deux cas nos certitudes sont mises à mal et, toujours, l'auteur nous laisse le soin de nous déterminer en faveur de l’une ou l’autre explication.

Au cas présent, l’hypothèse la plus crédible est celle du délire d’un homme blessé au combat. Pourtant, le principal intéressé a fait le choix inverse. Un choix assumé et jamais démenti puisque, vingt ans plus tard, il est toujours fidèle à celle qu'il considère comme son épouse.

J'ai trouvé cette volonté de croire en l'impossible particulièrement touchante, à la fois infiniment pathétique et incroyablement belle. Quelque chose comme une profession de foi romanesque, une adhésion au rêve charmante bien que vouée à l'échec.

Un livre à rapprocher de l’Atlantide de Pierre Benoît, et particulièrement de sa fin qui voit le capitaine Morhange retourner vers Antinéa alors même qu’il sait qu'elle n'est pas d'essence divine et qu'un sort funeste l'attend.

Actes Sud - Babel - 1993