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Employée chez Sweeton et Sweet, une société spécialisée dans l'édition d'œuvres lyriques, Cécile est chargée par son patron d'une mission particulière. Il s'agit de retrouver des enregistrements d'Isadela Gest, une illustre cantatrice qui mit un terme brutal à sa carrière et se retira sur une île. Elle reprend ainsi le travail de sa meilleure amie dont le suicide a interrompu les recherches. C'est donc dans ces circonstances particulières qu'elle débarque sur l'îlot et entreprend de mettre la main sur les précieuses bobines. Mais en fouinant dans les affaires de la diva elle va réveiller autre chose que de vieux souvenirs...


Ce roman fantastique est très représentatif de l'univers de Serge Brussolo, tant au niveau de l'intrigue et du décor que des personnages.

L'action se déroule sur une île isolée au milieu d'un lac aux eaux troubles sur laquelle se dresse une vieille demeure délabrée. Des lieux confinés et mystérieux qui se prêtent merveilleusement à ses récits angoissants. Les nombreuses pièces de la grande maison lui permettent ainsi de réserver à son héroïne quantité de surprises (objets anciens et secrets inavouables) tandis que l'insularité du cadre ajoute une sensation de captivité étouffante, de bête aux abois.

Cécile campe une héroïne brussolienne classique. Complexe et complexée, elle manque de confiance et subit les évènements plus qu'elle ne les provoque. Sans être totalement dénuée d'initiative ou de tempérament, elle agit le plus souvent sous le coup de la peur ou par défi, sans mesurer les conséquences de ses actes. C'est d'ailleurs elle qui précipitera les évènements et sera cause de la catastrophe finale.

A ses côtés nous découvrons une belle brochette de "freaks"qui viennent ajouter à une ambiance déjà pesante, leur présence grotesque ou menaçante : une diva déjantée, un médecin bossu et retors, une lesbienne masochiste, un clown décrépit, une attardée mentale et...un tamanoir !

Bref, un décor et des acteurs angoissants pour une intrigue placée sous le signe du camouflage. Car dans ce livre, chacun se cache, se dissimule, trompe son monde. Les victimes, contraintes de cacher leurs visages déformés sous des masques de porcelaine ou de dissimuler leur corps à l'agresseur (les taches d'encre de Frane ou la farine d'Amietta), mais surtout l'organisme tueur qui se livre à une partie de cache-cache diabolique, se tapit dans l'ombre, se fait ombre.

Menace d'origine inconnue et dont la nature se précise au fur et à mesure des découvertes de Cécile (malédiction, virus extra terrestre, protoplasme agressif) cette "chose" constitue l'ingrédient le plus intéressant du livre et permet à l'auteur de nous concocter quelques scènes dantesques et surréalistes.

Fleuve Noir Anticipation 1987