untitledSerge Breguet est un ingénieur d'une quarantaine d'année qui travaille avec une équipe de chercheurs sur un générateur révolutionnaire. Mais, lors de son premier essai, la machine explose laissant Bréguet et deux autres scientifiques sur le carreau. Notre bonhomme a alors la surprise de se contempler de "l'extérieur" et de voir son corps ensanglanté emporté par les secours. Le voici devenu pur esprit, ectoplasme, fantôme.

Désorienté mais finalement pas si malheureux qu'on pourrait le penser, il assiste aux réactions de ses proches et à ses propres obsèques avant de se retrouver catapulté dans une autre dimension. Là, il retrouve les deux chercheurs victime du même accident et tous trois partent alors à la découverte de leur nouvel environnement. Mais alors qu'ils essaient d'en apprendre davantage sur leur situation, leur statut, leur avenir, une mystérieuse boule d'énergie s'en prend à eux...


Les cinquante premières pages de ce roman sont fort sympathiques. La prise de conscience par le héros de son statut de fantôme y est très bien rendue et donne lieu à quelques scènes sinon originales du moins très amusantes.

La suite, c'est à dire les deux autres tiers du livre, n'est en revanche guère passionnante. L'action y est quasi nulle et l'auteur nous noie dans un galimatias de considérations scientifico-métaphysiques assez indigeste. Il faut même se coltiner des jeux de mots assez passables et une philosophie de comptoir qui laisse à désirer. En voici d'ailleurs un petit bout : "J'y pense donc j'y suis", "Le suicide : un petit moment de courage pour une bien grande lâcheté", "L'enfer, ce n'est pas les autres, mais soi-même".

On a aussi l'impression qu'il ne sait pas très bien où il va ni comment clore son récit. Alors il balade ses personnages dans un univers dont la nature est indéterminée, leur fait rencontrer de vieux sages, une jolie naïade et laisse planer une menace d'origine inconnue.

Bref tout y est flou et le restera puisque la chute n'apporte que peu d'éclaircissements, les "qui suis-je ?, où suis-je ? où vais-je ? ne trouvant pas d'écho.

Heureusement, Gilles Morris a un style solide et sait manier l'humour. J'ai ainsi relevé quelques remarques acerbes quoique très justes sur la religion et les bigots et je ne résiste pas au plaisir d'en citer au moins une : "La communion, cette routine du symbole, cette satisfaction vague du rite accompli par prudence...une prime d'assurance sur la survie, payée à tempérament, chaque dimanche, dans le chœur suraigus des bigotes qui, n'ayant plus rien, décident subitement de tout donner à Dieu."

Rien que pour cette petite réflexion, je serais indulgent avec ce livre et ne vous inciterais pas à l'éviter. Alors, si vous l'avez dans votre bibliothèque...

Fleuve Noir Anticipation - 1981