untitledPour le professeur Jéophras Dénio, la journée commence plutôt mal. A peine remis de l'échec de sa première tentative de vol mécanique, il apprend que sa pupille a été emprisonnée pour le meurtre du prince de Céthys. Convaincu de l'innocence de Carline et bien déterminé à la sauver, il rend visite à Jaran chez qui s'est déroulée la soirée au cours de laquelle le meurtre a eu lieu. Ce dernier, frère jumeau du prince de Dvern, le charge alors de faire la lumière sur cette affaire. Le voici donc lancé dans une dangereuse enquête qui le conduira à soupçonner tour à tour les personnages les plus puissants du royaume.

Cela fait bien longtemps que je ne m'aventure plus qu'avec circonspection dans le domaine de la fantasy. Non qu'il s'agisse d'un genre qui me déplaise, mais j'ai été déçu par tant de tolkienneries insipides que je m'en suis progressivement éloigné.

Avec ce livre de Laurent Kloetzer j'ai pourtant fait une bonne pioche. Il parvient en effet à se démarquer de la production sus mentionnée de bien des façons. Son univers tout d'abord, fouillé, original et qui, avec son atmosphère de renaissance italienne, nous change agréablement du sempiternel background médiéval. Exit aussi la magie, la sorcellerie et autres effets de manches de vieux croûtons enchapeautés. Place à la raison et à la réflexion scientifique ! Les personnages ne disposent pas de "talents" ou de "pouvoirs" particuliers et utilisent juste leur cervelle pour tracer leur route. Ce qui ne les empêche pas d'être foutrement intéressants, Jeophras denio en tête, savant plus très jeune, grincheux mais recelant un cœur d'or, mais aussi Carline, jeune femme pleine de fougue et d'idéaux ou encore Alexis, le gavroche local.

L'intrigue est au diapason du décor. Surprenante, absolument pas manichéenne mais au contraire multiple et retorse. Elle nous est dévoilée d'une façon singulière et originale au grès de chapitres qui alternent le présent avec l'enquête de Jéophras, le passé proche et la partie de jeu de l'oie dans le palais de Jaran et enfin, l'enfance des protagonistes du crime, seize années plus tôt. Bref, trois niveaux de narration qui s'interpénètrent pour nous donner les clés du mystère.

La cité de Dvern dans laquelle se déroule l'essentiel du roman est également digne d'intérêt. Remarquablement décrite, c'est un véritable plaisir que de se perdre dans ses ruelles et ses tavernes, visiter églises et palais semi-troglodytes ou s'aventurer dans la petite Dvern, enclave mystérieuse et entièrement soumise aux caprices d'un prince.

Une seule petite réserve à mon enthousiasme : le clin d'œil un peu trop marqué à la mythologie grecque. Bien sûr, le jeu de l'oie est l'une des représentations du labyrinthe dont le plus célèbre est sans doute celui imaginé par Dédale pour y enfermer le Minotaure. Pour autant, était-il nécessaire de calquer à ce point le récit sur les aventures de Thésée, Minos, Arianne, Icare et Egée? Je trouve pour ma part que cela n'apporte pas de valeur ajoutée au récit et lui enlève même une part de son originalité.

Mais rassurez-vous, tel quel, ce roman demeure très recommandable et vous fera passer un bien bon moment.

Gallimard - Folio SF - 2001