untitledAlors que le train de nuit Paris- Hailwan traverse la plaine du Maalburg en direction de la capitale de Zoldavie, le wagon de queue se détache mystérieusement. Lorsque la voiture s'immobilise, ses 18 passagers quittent leurs couchettes et s'aperçoivent avec stupeur qu'ils sont désormais isolés en rase campagne, à plus de quarante kilomètre de la première bourgade. Les heures, et bientôt les jours, s'écoulant sans qu'aucun secours ne s'annonce, la confiance des débuts fait place à l'inquiétude puis à la peur. Nos robinsons ferroviaires sont alors contraint de s'organiser pour survivre au milieu d'une contrée inconnue et peut-être dangereuse.


Surprenant, angoissant, captivant. Tels sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit à propos de ce tout petit roman d'à peine 150 pages. Sur un thème original (l'abandon de quelques voyageurs le long d'une ligne de chemin de fer), Jean-Bernard Pouy nous concocte un petit bijou où le suspens le dispute à la psychologie sociale.

Les personnages sont joliment croqués et les rapports qui se créent entre eux, dans ces circonstances exceptionnelles, sont passionnants à suivre. Il est vrai que l'on trouve de tout parmi ces voyageurs. Des chefs naturels, des suiveurs, des râleurs, des mécontents, des angoissés, des peureux...bref un panel assez juste de messieurs-dames tout le monde, pas plus courageux ou sympathique que la moyenne, mais pas moins non plus. Certaines individualités se démarquent toutefois, prennent l'ascendant sur leurs compagnons et imposent leur point de vue. Pour tous les autres, ce sont les réflexes ancestraux qui dominent, le besoin de sécurité, de chaleur humaine : l'instinct grégaire est à l'œuvre.

Mais ce qui accroît la tension et donne tout son piquant à l'intrigue, c'est l'incertitude totale dans laquelle se trouvent nos infortunés voyageurs. Coupés du monde, perdus au fin fonds d'un pays étranger lui-même assez secret (on devine que la Zoldavie est un pays d'Europe de l'est comme on il en existait au temps du "Rideau de fer"), les spéculations vont bon train. D'abords simples et frappées au coin du bon sens (l'incurie des chemins de fer zoldaves), les hypothèses les plus folles sont envisagées tour à tour (un jeu de téléréalité, une guerre) et le moindre indice prend dans ce contexte une importance démesurée.


Au milieu de tout çà, il y a aussi la rencontre de François, le narrateur, et de Violette. Deux être forts différents mais que rapproche une même détermination à vivre et qui, face à un futur incertain, sont bien décidés à profiter pleinement du présent. Leur relation est une petite oasis de fraîcheur qui permet de souffler un peu entre des scènes tragiques ou mouvementées.

Une chose est en tout cas certaine, c'est que l'on a hâte de connaître le fin mot de l'histoire et, le roman étant court, on ne le quitte plus jusqu'à son dénouement. Un dénouement un peu déroutant avec une fin ouverte mais qui s'accorde parfaitement à l'étrangeté du récit. Qui laisse aussi une petite chance à François et Violette, au rêve autant qu'à la réalité. Moi, j'ai fais mon choix. A vous d'en faire de même !

Points Roman Noir - 2009